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mercredi 13 janvier 2016

Beau, oui, beau comme lui.



Il est 7h du matin, et je ne me lève pas tôt, non.
Je me couche tard.

Ou plutôt, je ne me couche pas, et j'exorcise.
Sur ce blog sur lequel dorment plusieurs projets et que je me remet doucement à entretenir, j'ai l'intention de raconter une histoire.

Une histoire qui est la mienne, mais qui est émaillée de lui.
Un lui qui est unique et multiple, qui traverse les époques, qui construit l'histoire, qui déconstruit les frontières et qui fait danser à travers les univers du temps les hanches des hommes et des femmes.

Je me souviendrais longtemps de ce matin de janvier 2016.
Quatre jours sont passés, et j'ai encore l'impression de mourir à l'intérieur.
J'avais passé une très mauvaise nuit. J'ai eu mal aux jambes. pas la douleur de base, non, la bonne douleur de merde qui m'a traîné tant de fois à l'hôpital ces derniers temps.
J'ai vaguement allumé le téléphone pour voir qu'on m'avait taggé dans un poste d'info. J'ai cliqué.

Bon sang,
Je le jure, Je l'ai senti. Mon coeur qui se déchirait.
Totalement à poil dans les draps, mon téléphone dans la main, de la morve plein la bouche à force de pleurer, je n'arrivais plus à respirer.
David Bowie est mort. 


Ce n'est rien.
C'est juste un chanteur.
C'est juste une autre personne célèbre.
C'est pas important.
C'est pas comme s'il était de ta famille.
C'est pas grave.

Comment vous expliquer que, dans mon coeur, dans mon esprit, sous ma peau, dans toute mon âme, les phrases "c'est pas grave" et "David Bowie est mort" ne pourront jamais aller ensemble.
Même évoquer la mort dans une phrase parlant de Bowie ne devrait servir qu'à parler de sa reprise de Brel.
(car oui, il a fait ça. )

Bowie pour moi, c'est...
Je ne sais pas l'expliquer.
C'est pas mon chanteur préféré, mais c'est la voix parfaite.
C'est pas mon artiste préféré mais c'est il est mon absolue référence.

C'est à lui auquel je pense quand on parle d'art. C'est à son oeuvre à laquelle je pense quand on parle de génie. C'est à lui que je me réfère quand je pense à un héro, et si je devais avoir un modèle, ce ne serait que lui.
Tout ce qu'il fait me touche.
Je n'aime pas tout, mais tout me touche.
Jamais je ne parlerais de lui au passé.
Parce que ce que je suis, je le dois en grande partie à Bowie. 



Je n'ai pas été élevé dans une culture musicale vraiment... Bon, tout ce qui n'était pas Français, musicalement, chez moi, c'était Simon and Garfunkel, et des compositeurs classiques.
Je l'avais déjà entendu chanter oui, lui,  (ma mère aimait Julien Clerc et Nostalgie. Voilà. Ya du Bowie sur nostalgie. ) à la radio, mais bon, Let's Dance, et China Girl, j'ai longtemps eu envie de les brûler pour l'exemple en même temps que Ma Bohème et Le Métèque, chansons stars de Nostalgie.
Br.
Entre ça, et les Jean Ferrats et autres Brassens de mon père, sincèrement, la musique outre manche, j'étais pas préparé.

Moi, je le connaissais surtout parce que ma mère, qui s'en battait l'oeil avec une pince à sucre de mon éducation musicale contemporaine (on avait vaguement une "anthologie des tubes 80" à la maison, faut dire) mais qui comptait que je sois une personne bien éduquée en matière de cinéma me faisait des gorges chaudes de Furyo.

A l'époque j'avais 13 ans.
J'étais malheureuse, mal dans ma peau, ça allait pas du tout.
Donc, après avoir entendu parler de Furyo, de comment c'était beau, etc, que ma mère s'extasiait sur ce type, là David Bowie, le mec avec des yeux bizarres, ralalah, il est merveilleux, mais siiii, tu connais,David Bowie! (oui je connais, je veux l'enfermer dans une pièce et l'obliger à écouter Let's Dance en qualité Nostalgie pendant 24 heures) (en plus il fait des pubs pour Vittel, ce type est pas Net. ) (Link si vous me croyez pas. )
Bref, j'avais un peu l'impression de passer à côté de quelque chose de fou.
Donc, j'ai regardé Furyo. 



Enorme claque ta race.
Je l'ai regardé en boucle, fasciné par ce mec qui mangeait des fleurs avec ses yeux tarés, comprenant totalement pourquoi le gardien du camp japonais tombait amoureux de lui.
Je vous le conseille.
Et en VO (ça s'appelle Merry Christmas Mister Lawrence. ) parce qu'on écoute pas de doublages de ces gens.
J'avais 13 ans et ma vie venait de changer.

Comment est-ce qu'on pouvait être... Dégager tout ce... Et avec toutes ces expressions qui...
J'avais 13 ans et je venais de me heurter de plein front, en plein dans le tableau de bord et à 130 à l'heure, à Bowie.

De manière assez drôle (olol, destin, petit farceur) j'ai rencontré mon premier déclic musical quelques semaines plus tard:
Placebo.
(oui, placebo jusqu'en 2009 ils sont intouchables dans mon coeur. Maintenant je sais pas ce qu'ils font.)
Et une chose en entrainant un autre, vu que j'ai bouffé tout les albums en un temps record, j'ai aussi rencontré Bowie.
Mais Bowie le vrai.
Bowie, la voix. Bowie l'esprit sur scène. 



Ecoutez moi ça, et dites moi si une gamine de 13 ans a pas de quoi en sentir son ventre devenir de la gelée de groseilles.

Pour info, les paroles ont été écrites par Brian Molko, et il avait pas de mélodies dessus.
Un jour, Bowie (qui avait déjà prit Placebo sous son aile en mode "vous venez me faire ma tournée anniversaire les mecs? Oui? Et sinon j'ai dit à EMI de vous produire, bisous. Oui, première scène dans des stades, et alors, t'as peur ou quoi? T'inquiète petit peuple, 80 000 personnes, à la fraîche." a appelé Placebo en mode tranquille pour leur faire "wesh les gros, j'ai composé un ptit truc sur votre texte, là, tiens, écoute ça: *plonk plonk chanson*. Alors, c'est pas mal, hein? Chiche on la joue sur scène ensemble, hein? Dépèche toi parce que après faut que jme la donne en full dépression avec Nine inch Nail, alors, oui ou oui? "
(Avec Nine inch Nail, donc. )
(Que ceux qui pensent que tout le charisme de Reznor est aspiré dans le néant par la voix du grand blondinet à côté lèvent la main. )

Donc évidement, Brian Molko, qui est pas fou, a accepté le cadeau de Monsieur Bowie, et quelques années plus tard, le résultat arrivait dans mes oreilles. 



Chaos et frénésie dans ma vie.
Non sérieux.

Je me suis mis à chercher ce qu'avait fait cet escogriffe avec une voix qui ressemblait à du pétrole en fusion en train de cramer du velours.
Et évidemment.
Eeeevidement je suis tombé sur ça: 



T'as treize ans.
Un genre TRES incertains. (genre dans Placebo, tu veux pas te faire Molko mais plutôt être lui. Surtout quand il met des robes avec des jeans. )
Assoiffé de musique.
Et tu tombes sur la période Ziggy Stardust.

L’extase absolue de mon jeune moi même.
Bon sang.
Ziggy ça a été mon idéal de "tout ce que je veux être dans la vie, un joue je serais Ziggy" et ce malgré cet immonde body japonais, oui, David, je l'ai vu en vrai ce body, assume le.

J'ai regardé les lives de  Ziggy Stardust and the Spiders from Mars.
J'ai dl en scred sans sous titres L'homme qui venait d'ailleurs (tuez moi ce film a eu beaucoup trop d'impact sur mon existence, j'en rêve encore et je l'ai pas vu depuis 10 ans, il est dans mon étagère j'ose paaaaaas le regardeeeeeer), j'ai regardé toutes les interviews d'époque de Bowie disponibles sur un youtube balbutiant, et ce durant des années (oui ma frénésie a duré de mes 13 ans jusqu'au lycée) .

Et puis quand j'ai été calmé, je me suis mis à lire, à regarder les autres films dans lequel était Bowie (alors, Bowie en Tesla : explosion de nerdisme) (regardez Le Prestige, y'a DAVID BOWIE en MOTHERFUCKING NIKOLA TESLA dedans. ) (et un peu Christian Bale, Scarlett Johansson, et Hugh Jackman, mais who cares. Bowie. Tesla. toi voir. ).
J'ai découvert Labyrinthe, et la certitude que j'aurais laissé mon petit frère transformé en gobelin pour écouter le Roi des Gobelins me chanter des chansons jusqu'à la fin des temps, tranquille.



Bowie s'était installé dans mon coeur.
Il n'était pas beau comme "ouah il est trop beau, tombons-on in love" non, beau dans le genre "oeuvre d'art qui marche parmi les hommes, cet être humain est réel, pincez moi."
Il était bon musicien pas genre "ouah, qu'est-ce qu'il est bon musicien, j'adore" mais genre "il a changé le monde de la musique, il en a profité pour révolutionner la mode, il a inventé des algorithmes pour écrire ses chansons c'est un génie absolu".
Et des exemples comme ça j'en ai des tas.

Il est devenu ma référence.
Mon bonheur.
Mon héros.
Il a prit une place spéciale dans mon coeur. La place d'un être exceptionnel qui m'a toujours poussé, toujours motivé, qui m'a fait grandir.
Il m'a suivit depuis ma naissance réelle, la découverte de la musique, ce qui a entraîné tout un cheminement qui m'a guidé jusqu'ici, aujourd'hui.
J'ai en quelque sorte toujours jeté un oeil sur ses pas en construisant mon propre chemin.
Il est le monolithe indéracinable de ma vie.
Mon repère.
Mon Bowie. 


J'ai prit l'habitude de me dire:
Si un jour, je réussi, peut-être qu'au détour d'un repas, je rencontrerais Bowie.
Et ce jour là.
Qu'est-ce que je lui dirais?
"Bonjour. "
Oui, bien sûr que je lui dirais bonjour. Est-ce qu'il va répondre? Non. Trop de gens qu'il ne connait pas le saluent tout le temps. Il va certainement sourire avec ce petit hochement de tête. Bon. Ensuite.
"Je..."
Qu'est-ce que je peux dire?
Qu'est-ce que je peux lui dire qu'il n'a pas déjà mille fois entendu? Qu'est-ce que je peux dire à quelqu'un qui a tellement changé ma vie, qui a fait battre mon coeur tellement longtemps, que je reconnais à la première note, que j'aime pour de multiples raisons...
Qu'est-ce que je peux dire à cet homme qui compte tellement pour moi, qui a ouvert mes yeux?
"Je voudrais vous remercier. D'avoir fait de moi ce que je suis."
Oui, voilà, je pourrais lui dire ça.
Je devrais lui dire ça, d'ailleurs.
C'est la seule chose que j'ai à lui dire.
Parce que je voudrais lui parler de tellement de choses. De son courage d'avoir laissé Ziggy derrière lui. De ses peintures. De l’Angleterre, et de l’Allemagne. De l'Homme qui venait d'Ailleurs et D'Elephant Man.
Mais au final, la seule chose que je voudrais lui dire vraiment c'est ça.
"Merci."

Je me l'imaginais souvent.
Est-ce qu'il aura ces yeux là? Les yeux de Bowie.
Bien sûr.
C'était pour moi une évidence.
Un leitmotiv.
Cet homme est en vie quelque part, cet homme qui a changé ta vie.
Et si tu te donnes assez à fond, que tu travailles assez dur, tu pourras peut-être un jour lui dire merci.





En ce matin de janvier.
Le 10 janvier 2016.
C'est ça que j'ai perdu.

Il est parti.
Et un morceau de mon coeur est parti avec lui.
Ses pas se sont arrêtés.
Je ne pourrais plus les regarder en traçant mon chemin.
Et ça me fait tellement mal.

Il me manque.
C'est terrible.
Je n'ai pas de mots.
Ce n'était pas un proche, ce n'était pas un membre de ma famille, c'était... C'était Bowie.
C'était mon Bowie, mon espoir, ma voix dans le noir, mon leitmotiv.


Le 10 janvier 2016 je suis allé chez le perceur pour lui demander de me percer en plein milieu du visage.
Pour que je le souvienne à chaque fois que je me regarde dans le miroir que ma vie a changé. Qu'il n'est plus là.
Mais que ça ne doit pas être négatif.
Il n'est plus là pour que je m'appuie sur son ombre gigantesque, mais je me servirais du chemin qu'il a tracé pour construire le mien. Je prend les bonnes décisions.
Je ne faillirait pas. 






Et au final, il fallait que je le dise.

"David.
Monsieur Bowie.

Merci.
Merci plus que tout pour ton existence sur cette terre.
Merci d'avoir été grand, et noble. Merci d'avoir donné ta voix.
Merci de m'avoir changé.
Lors de cette exposition à Paris, quand j'ai vu tes costumes, lu les textes écrits de ta main, j'avais cette impression, cette énergie qui me traversait, comme un retour surpuissant de tout ce que tu m'as donné au cours de ces quinze ans maintenant en ta compagnie.
J'en ai pleuré.

Merci.
Tu me manques.
Je t'aime pour toujours.
Jamais je ne parlerais de toi au passé. "

mardi 18 novembre 2014

La Belle et la Bête, racines du mythe et adaptations.

Cet article aurait aussi pu s’appeller:
"Si tu me casses encore les roudoudous en te croyant malin avec ton Syndrome de Stockholm sorti d'une blague plus drôle depuis 1945 je te brise les genoux avec une batte en chêne massif."
Mais c'était un peu long.

Enfin...
Comme il s'agit d'un de mes contes-mythes-histoires préférées et que j'entends beaucoup de conneries à son sujet, voici un article qui m'a prit du temps de recherche (et que j'ai pas le temps de le faire parce que photophotophoto marché de Noël peluches à coudre, portraits à faire, argh!) et que donc je me suis tâté à l'écrire depuis un mois ou deux.

Voici donc:
L'article sur la Belle et la Bête. 




Bien.
Comme on peut l'apprendre en farfouillant sur le net:
La Belle et la Bête est à la base une histoire orale ayant atteint toute l'Europe et était vraisemblablement d'origine berbère.

Une des premières versions du mythe est celle de Psyché, un conte grec apparaissant dans le roman grec Les métamorphoses.
(non pas celles d'Ovide, mais d'Apulée. )
C'est cette version qu'on pense provenir de la tradition orale berbère. Ce qui rendrait l'origine du mythe largement deux fois millénaire.
(paye ta street cred. )
Il s'agit de la première version écrite du conte.

Dans cette version primitive on trouve néanmoins tout ce qui fera la base du mythe Européen, et qui aboutira aux versions que l'on connait aujourd'hui.
-Les soeurs jalouses.
-L'époux qui se dissimule pour qu'on ne découvre pas son identité (et qui est prit pour un monstre).
-Le bel homme caché sous des dehors de monstre.
-Les rencontres à heures fixes entre les deux promis.
-La curiosité de la jeune fiancée qui lui coûte son amant.
-Les épreuves à traverser pour le retrouver.

Et donc le happy end, parce que, mine de rien, il se trouve que par rapport à tout un tas de contes légués par l'histoire, celui là se termine admirablement bien.
(mais il faut dire que les contes antiques étaient tout de même plus joyeux que les histoires déprimantes/pédophiles/fratricides/cannibales qui vont du bas moyen-âge jusqu'au fin 19è)
(pour preuve la vraie version de La Belle au Bois Dormant, son viol par le prince, et ses gosses dévorés par son ogresse de belle mère, la pédophilie incestueuse de Peau d'Âne, la mort du Petit Chaperon Rouge, et ne me parlez par d'Andersen ou je pleure, ok? )

Bien, donc cette version primitive était cool.



L'on retrouve ensuite la trace du conte en Italie dans les années 1550.
(pour le coup, merci wikipedia, parce que je ne connaissais pas cette version, mais j'ai quand même fait mes petites recherches par la suite. )

Cette version, le Roi Porc,  fait tomber le caractère divin de la version grecque, dans laquelle le prince était un dieu de l'Olympe lui même.
Néanmoins elle fait apparaître le côté à la fois naturel et féérique de la transformation du prince, qui est cette fois ci, maudit dès sa conception, par des fées.

On voit aussi apparaître une symbolique numérale, pour briser la malédiction, le prince doit se marier trois fois, et par cela subir toute une série d'épreuves.
Dans cette version, la nature bestiale du prince est présentée, car, bien qu'étant né avec "toutes les vertus", il est aussi sous l'emprise de sa nature bestiale, et ne peut s'y dérober.
(et va donc se rouler dans la boue avec tout ses petit copains cochons, tel un joli goret qu'il est. )

Il est aussi dans ce conte question de fratrie et de mauvais choix.
Le prince choisit d'épouser une fille pauvre, l'aînée de trois soeurs, elle tente alors de le tuer dans son sommeil, et c'est donc lui qui la tue, ayant découvert ses plans, pour échapper à la mort.
(plus précisément il la tabasse à mort dans leur lit de noces, c'est... hum. Bref. 14è siècle, subtilité. )

La seconde soeur l'épouse également, veut le buter, il la tabasse, couic, soeur suivante.
Mais la plus jeune de la fratrie, la troisième épouse, est aussi la plus gentille, et même si elle vit avec un goret qui lui met de la fange partout elle est attentionnée avec lui, reconnaissante envers son époux (tu parles, les deux frangines se sont fait dézinguer  et elle va se retrouver reine avec un porc pour seul Roi, bonjour les pleins pouvoirs. )

Détail intéressant, on raconte que le cochon a chié dans le lit lors de la nuit de noces. voila, bon appétit, j'adore la renaissance italienne. 





Dans cette version, le schéma du secret nocturne est également présent:
Le Prince, qui trouve que sa femme est quand même bien gentille de le laisser souiller les draps sans tenter de le changer en travers de porc, révèle à sa femme que la nuit, il peut se changer en TRES BEAU (j'insiste, parce que le texte insiste aussi sur comment il est bien gaulé, etc.. ) jeune homme et finalement, il décide de passer ses nuits avec elle sous sa forme humaine.
(plutôt que de faire caca dans le satin, ce qui est bien urbain.)

Sauf qu'en fait, ça doit être plus agréable de niquer avec deux bras et deux jambes, et ceci explique cela (parce que prendre les draps pour des toilettes, c'est rigolo, et on s'en priverait pas à moins de ne pouvoir baysey).
Bref, la princesse tombe enceinte, pond un joli bébé tout humain au grand soulagement des grands parents (et d'elle même, j'imagine, parce que sortir des p'tits sabots par le vagin, bon, concrètement, les humaines sont pas faites pour.)

Puis, re-schéma de la femme qui sait pas se taire, elle va cafter à ses beaux-parents le Roi et la Reine, qui décident de couper la retraite au prince, ce gros feignant qui a la belle vie, la nuit il nique, le jour il se roule dans la fange en bouffant comme un riche prince cochon qu'il est, et ils lui dézinguent la peau de porc grâce à laquelle il se transforme de nouveau en cochon au matin.

Paf, le prince reste tout le temps humain, couronne sur la tête, et comme il est gentil, il est un bon roi, tout le monde est content, sa femme aussi (tu m'étonnes), happy end.



C'est ensuite la France qui donne ses lettres de noblesses au conte, tout d'abord fin 1600, Mme d'Aulnoy (et comme on le verra, et ça a son importance, les retranscriptions françaises de ce conte ne se feront plus que par des femmes jusqu'à la fin du 18è) qui trouvait que bon, hum, le Roi Porc, tout ça, ça manque de grâce, mince, on est pas des bêtes.

Elle rend le conte beaucoup plus littéraire et joli. (on est quand même en pleine transition Louis XIV/Louis XV, fallait un peu de classe dans ce bronx, on est pas des Italiens, nous, la France était le centre du monde blabliblu.)
Mais elle garde néanmoins le schéma de base, les fées, l'enfant né porc (marcassin dans ce cas, parce qu'un marcassin ça a un potentiel mignon alors qu'un porc, buuuuh.), et les trois soeurs.

Mais ce conte ci est le premier à introduire la notion réelle de fatalité, en soulignant que les filles n'ont pas le choix que de se marier avec le marcassin, à tel point que la première soeur, qui est amoureuse et aimée en retour d'un beau jeune homme, se suicide sur le cadavre de son fiancé qui s'est lui aussi passé par le fil du poignard de chagrin. Tout ça plutôt que de se faire passer dessus par un cochon.
(et on la comprends un peu.)

La deuxième soeur, sur qui le marcassin jette ensuite son dévolu, décide de ne pas se laisser faire, et alors qu'ont veut la marier de force, décide de tuer son futur époux avec la lame qui a tué sa soeur ainée.
Histoire de rester dans la cohérence, j'imagine.
(et puis mince, sa frangine est morte, c'est triste. )
Son époux la découvre, et comme dans la version première, il la butte dans leur lit de noces.

Néanmoins, il s'agit là de totale légitime défense, vu qu'elle a bel et bien essayé de l'étrangler.
(dans le premier conte, le porc apprends que ses femmes veulent le tuer, et aussi sec, sabots dans la face! )
Dégoûté, le marcassin se coupe du monde et part vivre dans les bois, puisque personne ne l'aime, ni ne veut lui donner une chance.

Et c'est véritablement dans cette version du conte qu'est introduite pour la première fois la notion d'exclusion de la "bête".
Pour qu'il soit aimé, il faut qu'il force les gens à se rapprocher de lui (mariages forcés, bonne ambiance) mais même ainsi, personne ne veut lui donner sa chance, et il en vient à  rejetter son apparence ainsi que son humanité, pour prendre le parti de la bestialité.

S'ensuite ensuite le schéma habituel du marcassin qui rencontre la troisième soeur dont la mère est parti pleurer ses deux aînées à la campagne, et qui la séduit, avec le fameux "je suis un homme pendant la nuit, mais chut;"
Ils vivent ensemble dans la grotte du marcassin, et la soeur tombe enceinte. Elle a un peu la trouille de donner naissance à un petit marcassin (rapport au sabots sans doute encore, parce que quand on se tape un mec qui en fait est un cochon qui parle, bon, faut bien se préparer à l’éventualité que. )

On trouve aussi dans ce conte la nouveauté de la captivité, vu que le marcassin a tellement peur que sa nana se barre qu'il l'enferme à double tour dans sa grotte.
La femme qui, à force d'habitude tombe amoureuse de son mari, est somme tout à l'époque, et selon la thématique du mariage forcé, très logique, vu qu'avec son adaptation aux normes du temps des Louis, vient la thématique de l'acceptation du sort de la femme, entre autres.



ambiance, ambiance. 

Bon, ça se finit bien, la femme trouve la peau, le prince est beau gosse, les fées le libèrent de sa malédiction s'il passe une épreuve où ils doit deviner ce que sont trois quenouilles blanches et trois quenouilles noires.
Qui sont en réalité les fées, et les deux soeurs de la cadette ainsi que l'amant de la première soeur, pouf, tout le monde est ressuscité, pif, royaume, mariage, enfant magnifique, fin de l'histoire.
Happy end.

L'acceptation de leurs sorts par les époux, et leur combat pour rendre leurs vie meilleures malgré un sale départ, faut bien l'avouer, c'est ce qui fait le sel de ce conte.

Il n'y a pas de bien ou de mal.
L'homme comme la femme, comme les soeurs de la cadette et les parents du marcassin, tout le monde essaie de faire aux mieux avec ses propres armes.
Oui, la princesse est captive, mais c'est le seul moyen qu'à le marcassin pour trouver quelqu'un qu'il aime, poussé par la nécessité de son apparence.
Oui il se marie de force avec les aînées, mais elles sont en réalité vendues par leur mère qui est très pauvre et essaie de se sortir de sa condition.
Marcassin pleure ses femmes mortes, et est dégoûté de l'humanité, mais est sauvé par la gentillesse de la plus jeune des soeurs.

S'il doit y avoir manichéisme dans ce conte, il viendrait de la troisième fée, qui décide arbitrairement que, oui, la reine aura son héritier, mais ahah, ça sera un cochon, lol.
Ce qui est mauvais dans ce conte, ce n'est rien d'autre que les forces de la nature, personnifiées par les fées.
Une manière de dire qu'on ne choisit pas sa naissance.
Tous les personnages ont une raison d'agir et font au mieux selon une morale qui est celle de leur époque.

voila, comme ça. 
Bien, on va parler maintenant de ce qui est considéré comment étant, gravé dans le marbre et tout ça, la version définitive de ce qui est désormais appelé comme "La Belle et la Bête."

Alors, déjà, il y a deux "versions définitives".

La première, parue en 1740 par Gabrielle-Suzanne de Villeneuve, est une version beaucoup plus longue que sa version antérieure écrite par madame Leprince de Beaumont, qui fit accéder ce conte à la célébrité en 1757.
(parce qu'à cette époque, fuck off les droits d'auteur. )

Dans la première version (dont je n'ai pas réellement pu trouver de résumé car apparemment beaucoup de gens l'ont trouvée (je cite) "longue et chiante", mais bon, 1740... En même temps... ) on introduit le fait que le père de Belle (qui s'appelle maintenant Belle, donc.) est un riche marchant possédant plusieurs fils et cinq filles.
NB: comme je n'ai pas trouvé de résumé je me suis farcie tout le conte en vieux françois avec les "f" à la place des "s" et les "ois" à la place des "ais". Trois heures de "que vous eftois", pour l'amour de vous. Bon..

Le marchant, suite à divers "pas de bol, bitch" se retrouve ruiné, péripéties, château merveilleux, présent de la part du mystérieux maître du château, il décide avant de partir de cueillir une rose pour sa fille préférée: Belle.

Grossière erreur, les roses sont ce qu'il y a de plus sacré et précieux aux yeux du monstre qui est le maître du château.
Du coup, il demande réparation, parce que filer de l'or et tout, c'est cool, mais qu'on lui cueille ses roses, faut pas déconner, et exige une des filles du marchant, sinon, zigouillage de la petite famille, non mais dites voir.

De retour chez lui, le marchand annonce la nouvelle, et Belle qui est gentille, douce, attentionnée, tout ci tout ça, se propose, et part donc de son propre chef chez la Bête pour sauver sa famille.

Ensuite, la première partie du conte est quasiment la même que celle de la version ultérieure, et dont je parlerais après, avec un joli petit résumé.
Dans cette version néanmoins, chaque nuit, la Bête lui demande la permission de dormir avec elle. Et chaque nuit la Belle refuse.

Il est fait aussi mention que chaque nuit, la belle voit le véritable prince en songe, reprenant le thème de l'amant nocturne plus ancien, et le château est enchanté, et permet à la belle de s'évader de sa "prison" et de voir des opéras et des comédies à travers les fenêtres du château.

Dans cette version, on voit aussi apparaître les serviteurs animaux et les serviteurs invisibles, le palais enchanté dont les pièces et le mobilier se modifient en fonction des désirs de la Belle... Et tout un tas de thèmes qui vont être ensuite repris dans les versions suivantes.
C'est aussi dans cette version qu'on voit que c'est lorsque la Belle rentre chez son père quelques temps, qu'elle découvre que la Bête lui manque, et que l’absence de la Belle tue ou presque la Bête.

Ensuite vient la seconde partie du conte, celle qui a été abandonnée par la suite.
(et qui à mon sens aurait dû être inclue dans les rêves de la Belle, plutôt que balancée en un gros pâté indigeste à la fin.)

On découvre que la Bête est de sang royal alors qu'il raconte à la Belle son histoire.
(aucune subtilité scénaristique, et ça m'énerve. Et qu'on vienne pas me tartiner les oreilles avec le côté 18è siècle. Plaute faisait mieux un millénaire plus tôt au bas mot.)
Son père le Roi est mort à sa naissance, laissant sa mère et son nouveau né seuls sur le trône. Le Roi voisin croit pouvoir facilement conquérir ce royaume gouverné par une femme, mais la Reine est une tigresse et elle défends tellement bien son royaume qu'elle conquiers les territoires de son voisin belliqueux.

Néanmoins, il lui faudra plus de quinze ans pour asseoir son autorité, et après peu de temps passé avec son fils chéri, elle le laisse à une fée, au caractère impossible, et très moche de surcroît, qui consent a élever le gosse.
Et vu que apparemment à l'époque ça se faisait d'abandonner les mômes, elle part pour une voyage de trois ou quatre ans (j'espère qu'elle a bien profité parce que paye ta croisière), et revient pour trouver un joli jeune homme tout juste sorti de l'adolescence. (si on lui file 17 ans, c'est un grand maximum.)
L'auteur note bien qu'en plus d'être moche, elle est vieille, et v'la t'y pas, qu'elle se met dans l'idée que pour se rembourser de s'être bien occupé de ce joli morceau de chair fraîche, elle va convoler avec un justes noces.
(Il est vaguement fait mention de "caresses dont j'étais trop jeune et inexpérimenté pour comprendre la direction" et je vous laisse vomir, voila. )

Pédophiliiiiiie. 



Bref, péripéties, le prince refuse, la mère du prince refuse parce que bon, mon fils est trop joli pour que tu te maries avec lui, vieille moche.
(que de bon sens. )

Et donc, pour se venger, la fée le rends contrefait, si laid qu'il ressemble à une bête, et devient en plus stupide en apparence.
La fée, du surcroît pose tout un tas de conditions pour que son sort soit brisé.

Le prince et sa mère décident donc courageusement de se suicider.
(bonne ambiance. )
Sur ces entrefaites une autre fée arrive, monte de toutes pièces un plan pour briser le sort, et nous apprends dans la foulée qu'elle était tout à fait intéressée vu que sa soeur a épousé le frère de la reine (suivez un peu) et que donc Belle est à demi-fée.
(et que la reine qui est bien contente qu'elle ait brisé le sort mais qui lui demande de laisser partir le prince parce que Belle n'est qu'une paysanne, et que les paysannes n'épousent pas son fils, se retrouve le nez dans le caca de son orgueil)  (enfin, fille de marchands, mais bref) (tous les même ces paysans)
Et Belle est aussi fille du frère de sa belle mère la Reine.

Et donc: elle et la Bête/le Prince sont cousins germains.

Wuiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !


Alors peut-être que à l'époque c'était pas grave, mais
bonjour la portée de consanguins. 

Bref.
Le conte se termine de manière effectivement très longue, et très lourde, parce que même pour l'époque, le style est relativement chiant, il faut l'admettre.

Je vous met le livre:
Là.

Enjoie.

Bien, donc Dix-sept ans plus tard, en 1757, paraît la version allégée du conte, écrit par Madame Leprince de Beaumont.
Celle qui aura donc du succès en Europe.

Le marchand n'a plus que trois fils et trois filles.
Dans ce conte, le fait que Belle soit rejetée pour sa beauté et son dégoût des choses du monde, préférant la lecture aux sorties fastueuses qu'affectionnent ses soeurs est nettement marqué.
La Belle, toujours la cadette, refuse de se marier pour rester avec son père.

Le père perd sa fortune à la suite d'un coup du sort (qui est nettement plus détaillé dans la version précédente) et doit aller vivre avec ses enfants à la campagne.
Ses filles aînées y vont en traînant les pieds, leurs mauvais caractère les laissant rejetées de tous, même de leurs amants, une fois leur fortune envolée.
Il n'y a que Belle qui se plaît à la campagne, aimant y travailler et être à son jardin.

Soudainement, après un an de misères (ma foi, des gens qui peuvent se payer une maison à la campagne et un clavecin... bref. ) le marchant apprends qu'un de ses vaisseaux contenant ses marchandises est arrivé au port.
Cette nouvelle de richesse retrouvée tourne la tête des deux soeurs aînées qui font au père une liste longue comme un bras de robes, bijoux, parfums, soieries et cadeaux à leur rapporter tandis que Belle désapprouve.
Lorsque son père lui demande ce qu'elle désire, elle lui dit qu'elle ne veut qu'une rose, car elle désespère d'en faire pousser dans son jardin.







Le marchand arriva au port où on lui retira tout ses biens pour payer ses créanciers, et où il se retrouva autant sans le sou qu'en arrivant.
Il rentre chez lui dépité, et en pleine tempête de neige (quitte à avoir pas de bol jusqu'au bout), se perd en route et tombe sur, je vous le donne en mille, un château abandonné.
(on commence vaguement à s'y faire, remarquez. )

Arrivé dans le palais, il n'y trouve personne, et plein de bontés l'attendent, auxquelles il cède par faim et par fatigue: un banquet, un lit propre...
En se réveillant et en trouvant un habit propre à la place du sien, il croit avoir affaire à une gentille fée l'ayant prit en pitié.

Il se prépare ensuite à rentrer chez lui (non sans avoir été rassasié avec du chocolat) (qui apparemment selon la version de Villeneuve, se prisait à l'époque. )
(Une prise de chocolat.)
(je vous exhorte à sniffer du banania pour avoir une petite idée de la chose.)
(beurk.)

Et en partant il se retrouve sous un rosier et décide de ramener une rose à la Belle. (parce qu'il est un gentil Pôpa.)

Ce faisant, paf, la Bête lui tombe dessus, "sale ingrat, me piquer une rose, pas fou non? T'as un quart d'heure pour prier et tout ça, ensuite, couic, non mais tu t'es cru chez ta mère."
(je paraphrase.)

Le marchant demande pardon, parle de Belle qui voulait une rose, de son amour pour sa fille, tout ci tout ça.
Du coup, comme dans le premier conte, la bête demande à ce qu'une des filles vienne de son plein grès dans le château avec lui, sinon: argh la petite famille.
Le marchand est obligé de consentir, rentre chez lui, avoue sa mésaventure à ses enfants, et les deux connasses aînées refusent de ses sacrifier pour une faute de belle, parce que, finalement, c'est elle qui a demandé la rose, et Belle, ne voulant causer de tort à personne, triste, affligée, blablablah, part de son propre chef retrouver la Bête.

(je dis que les soeurs sont des connasses: belle apprends que deux tarés sympathiques jeunes hommes sont prêts à épouser ses soeurs, et elle demande à leur père de les marier pour qu'elles vivent riches et à leur aise, et ces sales putains  gourgandines ... charmantes enfants, se frottent les yeux avec des oignons pour faire semblant de pleurer lorsque que leur soeur s'en va vers une mort quasi certaine. )
(salopes. )
(j'ai moi-même une soeur qui me regarderait agoniser en se demandant si elle tirerait assez de thune de la revente de mes bagues en argent pour s'acheter un Levis, donc j'empathise légèrement. )



Et en se servant sur mon cadavre encore chaud, j'en
suis sûre. 


Elle arrive accompagnée par son père au château de la Bête, le cheval les y ayant machinalement ramené.
Là, un souper les y attends, le père refuse de manger, la Belle fait contre mauvaise fortune bon coeur, la Bête arrive, congédie le paternel non sans un "vous ne reviendrez jamais ici" de circonstance.

La Belle assure à la Bête être là de son plein gré, ce qui plaît à la Bête, puis elle va se coucher, et dans ses rêves, une belle dame lui apparaît, lui disant de ne pas s'inquiéter, que tout va bien se passer.

Le lendemain, ne sachant trop à quel sauce elle allait être (littéralement) mangée le soir elle se résolut à visiter le château en attendant la Bête.
Elle visite donc le château, et est émerveillée (comme dans le premier récit, car le château est merveilleux et fantastique, etc. )
La Bête lui ayant offert auparavant des appartements avec une gigantesque bibliothèque et un clavecin, elle a de quoi s'occuper.
Dans ses appartements se trouve également un miroir lui montrant le retour de son père chez elle.
Elle se dit donc que la Bête ne lui veut pas tant de mal et est finalement assez gentille.

Pendant son repas du soir, la Bête vient la visiter et lui demande la permission de la regarder souper.
Elle lui répond qu'il est le maître, et il l'assure du contraire, qu'elle est la seule maîtresse en ces lieux, et qu'il partira si elle le lui ordonne.

S'en suit une conversation ou la Bête déclare être un monstre, et où la Belle lui dit que selon elle, il fait certes peur (sincérité, donc, tout ça) mais qu'il est très gentil, et qu'il n'est point si stupide qu'il veut le lui faire dire.
La Bête lui demande de l'épouser (et plus de dormir avec, on gagne deux points de sutilité, mais bon, au final, ça reste du trilili dans le frululu donc, bon).
Ce à quoi la Belle qui ne veut pas lui faire de mal mais ne peut s'y résoudre lui dit quand même non.

La Bête pousse un soupir de douleur et s'en va en lui disant au revoir.

You broke mah <3

Les mois passent selon ce train train, la Belle s'amuse du palais le jour, et à neuf heures pour le souper, la Bête vient s'entretenir avec elle.
La Belle apprécie désormais sa compagnie, mais se refuse toujours à l'épouser, ce qui brise chaque soir le coeur de la Bête.

Il lui demande rester toujours en ce château, pour ne pas être seul, si il ne doit avoir que son amitié et non son amour.
Mais ayant vu grâce au miroir que son père mourrait de chagrin de la savoir partie, seul, ses filles étant mariées et ses fils partis à la guerre, la Belle demande à la Bête, avant de rester avec lui pour toujours, de lui accorder la faveur de revoir son père une semaine.

La Bête y consent, et la Belle revient au matin par magie chez son père.
Voyant la réussite et le bonheur de leur soeur, les deux connasses (appelons les maintenant comme ça) qui ont fait des mariages malheureux, décident de la retenir plus que huit jour, afin que la Bête ne se mette en colère et dévore la Belle.
(parce qu'elles sont stupides et méchantes. )
(bons dieux que je les hais. )

Du coup les soeurs flattent si bien la Belle qu'elle reste avec eux jusqu'à dix jours. Mais la dixième nuit, elle fait un cauchemar où elle voit la Bête mourante, et se rends compte que perdre cette Bête et sa gentillesse lui serait intolérable, et qu'il lui vaut mieux vivre toute une vie avec la Bête si gentille, que faire des mariages malheureux avec de beaux époux comme ses soeurs.

Elle fait donc le voeux de se retrouver chez la Bête, se rendors, pif paf magie, elle se retrouve chez la Bête.
Elle ne le trouve pas dans la château, la cherche partout, et la trouve mourante, reprochant à Belle de l'avoir abandonné, et mourant d'amour pour elle.

A ces mots, la Belle ressent son amour pour la Bête en retour, et lui avoue qu'elle ne pourrait vivre sans sa compagnie.
Re-pif paf magie, feux d'artifices, etc, et boum, la Bête se transforme en prince, qui avoue avoir été transformé par la malice d'une méchante fée.

Une autre fée apparait, la dame qui était apparut en songe à la belle, et qui lui explique que le sortilège est fini, qu'elle deviendra reine, et pour la peine, elle transforme les deux connasses en statues jusqu'à ce qu'elles soient assez gentilles pour se réjouir du bonheur de Belle.
(bien fait. )

La Belle épouse la Bête, fin.


Niveau versions écrites, il se trouve que la tradition orale ayant fait son petit bonhomme de chemin dans le nord, on retrouve la très belle version norvégienne:  A l'est du soleil et à l'ouest de la lune.

(que j'aime d'amour avec des coeurs. )

Et dans laquelle on retrouve des éléments du Roi Porc et de la version Française du 18è.

La version écrite de ce conte est arrivée cent ans plus tard que la version française, en 1841, cette fois la bête est remplacée par un ours blanc.
La jeune fille est promise à l'ours par son père égaré dans le palais de l'animal, et doit tenir une année sans jamais chercher à voir son époux durant la nuit.

(alors je voudrais bien savoir quel était l'opacité des pièces de cette époque, parce que franchement  avec un clair de lune, tu le vois ton époux, bécasse.)
(hurm.)

Elle craque, influencée par sa famille (chez qui elle retourne quelques jours, comme dans la version française) et mate le boule de son ours blanc qui devient un très beau (encore) jeune homme pendant la nuit.
Et comme elle est gentille mais un peu manchote, elle lui renverse de la cire dessus, ça le réveille.

Manque de chance, c'était la dernière nuit avant que la malédiction soit levée et qu'il puisse être prince ad vitam.
Mais du coup, il doit tenir sa promesse et aller épouser la fille de la trollesse qui lui a jeté le sort le transformant en ours.

La jeune fille devra donc subir maintes et maintes épreuves avant de revoir son prince, et trouver le fameux pays à l'est du soleil et à l'ouest de la lune.

On retrouve ce genre de contes dans plusieurs traditions orales, notamment une dans laquelle la jeune fille doit marcher des années jusqu'à trouver une herbe bleue qui chante et qui brisera les sabots de fer qu'elle porte, ainsi que les chaines du prince.

De très jolies histoires, donc.

Voila pour la tradition orale et la tradition écrite, on a FINI là dessus, et maintenant je vais pouvoir défendre mon bifteck, MERCI! 



On note plusieurs adaptation cinématographiques remarquables de ce conte.

La première étant celle de Cocteau, qui introduit le concept de Gaston.
Et ouiiiii, parce que NON, Gaston n'apparait PAS dans le mythe original.

Dans l'histoire de Cocteau, Gaston prends le rôle du bel amant que la Belle voit en songe dans l'histoire de Villeneuve: une tentation de l'aimer lui plutôt que la Bête.

Mais Gaston est opposé à la Bête, il est beau mais méchant, alors que la Bête, sous ses dehors brutaux, est gentil et doux envers la belle.

On retrouve dans ce film l'onirisme du roman de Villeneuve et la sobriété de l'histoire de Leprince de Beaumont.
Néanmoins, il y a dans cette adaptation un manichéisme marqué qui apparaît moins dans les romans.

Gaston est le méchant.
Il veut belle pour lui tout seul, et se dresse contre la Bête.
En créant un opposant direct à la Bête, Cocteau fait apparaître un autre schéma dans le conte, celui des personnages masculins contraires. Un personnage qui soit l'opposé de la Bête tout en n'étant pas une de ses projections.

Alors qu'avant, le vrai méchant était une force de la nature représentée comme une fée, là le méchant devient humain.
(bon, il y avait bien les soeurs, mais c'était pas pareil. )

Quand Gaston meurt, la Bête réapparaît avec son corps.
Histoire de donner à la Belle tout ce qu'elle voulait.
(et de continuer dans le glaucos.)
(Cocteau. )
(En vrai j'adore ce film. )

Mais je ne peux pas m'empêcher de trouver cette démarche à la fois géniale et TRES, voire trop manichéenne pour le conte d'origine.
Néanmoins, pour que ça fonctionne au cinéma, et ce depuis bien avant Chaplin, il faut un méchant.
(plaignez vous d'Hollywood, mais jetez des cailloux au cinéma Français aussi. Avant, jadis  dans une époque lointaine, le cinéma Français était le maître du monde.)
(et puis il y a eu Georges Lucas. )
(et puis les Français ont balancé plus de 20 millions de boules dans Bienvenue chez les Ch'tis.)
*larmes amères* 



Après s'en suivent plusieurs adaptations vieilles que je n'ai pas eu le coeur de voir rien qu'en regardant leur synopsis  et parce que, bon étant follement amoureuse de la bête depuis mes 5 ans (je savais pas trop qui choisir entre lui, Edward aux Mains d'Argent et Aladdin. C'était difficile. ) quand on voit la tronche qu'ils ont fait à la Bête, on se dit que la pauvre ne mérite pas ça.

Ensuite, gros coup de pompe dans la mare du mythe avec la version "tadaaaaaaaaam" que TOUT LE MONDE (à part ceux qui vont se faire chier à aller chercher sur le net, ou pire, lire dans les livres) prends comme étant LA version définitive.

J'ai nommé le sacro saint dessin animé avec CE seal of approval :







Oui, voila.
Disney donc.

Il faut savoir que en ce qui concerne Disney, et ce dessin animé en particulier, je connais particulièrement bien mon sujet.
L'histoire définitive de Disney sur la Belle et la Bête a lancé ce qu'on appelle le second âge d'Or de Disney, qui s'est achevé avec Tarzan, plus ou moins et a duré une dizaine d'année.

Personne ne croyait vraiment en ce projet jusqu'à son scénario définitif qui a demande presque SIX ANS d'écriture.
Six ans.

Je vous laisse méditer sur le mal qu'on peut dire de Disney, et sur le fait que les mecs sont tellement à fond qu'ils passent six ans pour l'écriture d'un métrage de 1h14 (durée moyenne d'un Disney. )

A la base, le scénario était beaucoup plus proche de l'histoire des romans que de celui de Cocteau, mais il a été décidé que cela ne convenait pas à un public plus jeune, et l'histoire est devenue celle que l'on connait aujourd'hui.

Seule les lignes principales ont été gardées :
Belle qui est un personnage à part et rejeté, tout comme la Bête, qui a un goût pour la lecture, et qui se "sacrifie" pour rester à la place de son père,  le fait que la Bête se meure de son absence, le château magique, etc. 
La rose est devenue (magie Disney) l'artefact par lequel tient la malédiction.
(ce qui reste logique.)
La Bête a été transformée en Bête par une fée également...
Mais je tient à remettre les choses en contexte. Disney nous apprends que le prince a jeté une fée dehors, repoussé par son apparence (vague lien avec la fée que le prince refuse d'épouser dans l'histoire de Villeneuve) et qu'elle le transforme en Bête en mode "tu verras ce que ça fait d'être repoussé parce que t'es moche! T'as qu'à être gentil gros naze."

Le film nous apprends ensuite que la Rose se flétrira au moment de ses 21 ans. Après ça, lors de la chute du dernier pétale, la dernière Rose va tomber, et il sera une Bête pour toujours, et ses serviteurs seront punis aussi, voila!
Bienbien.
(connasse de fée. )
(hurm. )

Ensuite, Lumière nous apprends lors de la fameuse chanson "c'est la fête" (et là vous l'avez tous en tête, de rien) que ça fait dix ans que lui et ses amis sont transformés.
Wait, WHAT!!!

DIX ANS?

Donc en gros, la fée a pété son câble contre un gosse de ONZE ANS?
DAFUQ!
...
bref.

Un gamin mal embouché coupé du monde sans aucune chance de se rattraper de sa connerie parce que passant son adolescence sous les traits d'un animal mi-bison mi-mandrill (sources avérées de Glen Keane, le créateur de la Bête, pour créer sa face. ).
Bien ouej la fée.

Bref, le Disney.
Le Disney est bien, et j'interdit à quiconque d'en dire du mal.
Par contre, niveau mythe originel, il est très très très loin de ce qui fait la base de l'histoire.
Ne serait-ce que pour le manichéisme poussé à l’extrême de Gaston.

Mais Gaston reste un personnage intéressant.
Il est ce que la Bête est, mais il est socialement apprécié. Lors de la chanson sur Gaston, le Fou met en avant ses dents et la manière dont il mord, ses poils et son torse velu, sa taille immense et sa musculature impressionnante, le fait qu'il soit un chasseur hors pair et que ses pas fassent trembler le sol..
Ca ne vous rappelle rien?

Oui, ce sont des qualités de la Bête.
Mais Gaston est "beau" selon les normes sociales, donc tout ce qu'on reproche à la Bête est mis en avant comme des qualités chez Gaston.
(de rien pour le mindfuck.)


Néanmoins, le film Disney a une intelligence rare:
Il nous parle de l'acceptation.

Belle est rejetée par tout son village, qui la prends pour une freak à cause de son intelligence et de son goût pour l'imaginaire.
Elle ne veut pas y rester et ne s'y sent pas à l'aise, et pour cause. Eux, ils glorifient les crétins comme Gaston, qui sait à peine lire et qui kiffe Belle juste parce qu'elle est plus jolie que les autres.
Elle ne l'aime pas, point.

Quand la Bête, qui a un peu peur pour sa tronche de garder sa gueule de macaque ruminant (entre parenthèses: je le trouve beau, et je vous emmerde) et que tout ses amis (parce que oui, c'est des amis, même s'il a un caractère de merde, et qu'ils sont ses serviteurs, il ne leur fait jamais de mal, écoute leurs conseils, et s'inquiète pour eux) restent bloqués en forme de tasse à thé ou d'armoire toutes leurs vies, sa première réaction est d'enfermer le père de Belle.

Il se déteste, et il sait qu'il fait peur, que les humains vont être méchants avec lui, et ne le supporte pas.
En même temps, dix ans qu'il a des interaction avec des horloges qui parlent.
Quand Belle arrive, c'est son idée à elle de rester. Il libère le père et lui donne accès à tout son château à condition qu'elle reste avec lui.

Il ne veut pas être seul, et il a un vague espoir de sauver sa peau. Mais Belle doit l'aimer et il sait qu'il est trop irascible pour ça. Et il ne sait pas s'y prendre pour ne serait-ce que l'inviter à dîner.
Bref, il lui fait sûbir à elle ce qu'il subit lui. Enfermé dans un château en compagnie d'être étranges.

Elle s'enfuie parce qu'il est trop chiant (hé. ) et il lui sauve la mouille en mettant sa vie en danger.
Finalement ils se gueulent dessus, vu qu'ils ne peuvent se supporter ni l'un ni l'autre, mais au fur et à mesure, ils apprennent à se comprendre.

Ce film, c'est l'histoire de deux êtres complètement seuls, acceptés par personne, qui se retrouvent et apprennent à s'aimer.
La Bête est autant enfermé que la Belle dans le château, et ce qui est bien joué, c'est que par cette captivité, chacun retrouve la liberté d'être soi-même.
Belle était déjà enfermée dans son village de ploucs.
(faut dire ce qui est.)
(en même temps: "han la boloss, elle lit des livres, y'a un truc qui tourne pas rond chez elle, heureusement qu'elle est jolie sinon on lui jetterai des caillasses". )
(on se demande comment vit le libraire d'ailleurs. )
(pauvre homme.)

Quand Belle doit partir pour sauver son père, la Bête ne la retient pas (preuve que l'enfermement était bien illusoire dès le début), et elle se retrouve enfermée à nouveau, prise dans un piège de Gaston.
Et c'est là qu'on voit que, bon, là non. Elle se laissera pas faire, et fera tout pour s'échapper.

Les villageois neuneus attaquent le château de la Bête, et Gaston manque de tuer la Bête avant que la Bêlle n'arrive.
Combat, pif paf, et la Bête se fait sauvagement planter le flanc quand Gaston crève de sa connerie et tombe dans un trou de plusieurs centaines de mètres.
(bien fait, derechef. )

La Bête manque de mourir, fait ses adieux à Belle, et lui souhaite de vivre heureuse, lui dit que c'est mieux comme ça, et qu'elle doit vivre sans lui.
(rapport au fait qu'il est un monstre, qu'elle ne l'aime pas, et qu'il ne pourra jamais la rendre heureuse. )
Il crève, elle lui dit qu'elle l'aime. 


J'ai pleuré.

Mais bon, par le pouvoir de l'amour, tout est bien qui finit bien, et il devient genre, trop beau, sisitavu.
Ensuite ils se marient, tout le monde reprends son apparence, le château se fait un petit lifting, même les statues trop Evil deviennent des cupidons mignons.

Voila.

Donc je répète les points principaux de la légende de la Belle et la Bête.

Il s'agit à la base d'une histoire sur l'acceptation d'un mari, destinée aux jeunes filles mariées de force.
dans le conte d'origine, au moins depuis la version italienne, on nous apprends à distinguer la beauté du coeur de la beauté du corps.
La mari, la Bête étant enfermée dans l'image d'un monstre jusqu'à ce que la femme, la Belle, se rende compte que cet homme qu'elle n'a pas voulu puisse être gentil, et bon avec elle, et que finalement, ça va, elle aurait pu se retrouver avec un gros connard qui la viole, et qui soit con comme une pelle.
De plus, la Bête est fou d'amour pour sa Belle.
(ce qui n'est pas à prendre à la légère.)


-Il y a toujours une thématique de rejet.
La Bête est rejeté par la société, la Belle est rejetée par ses soeurs, par son village, par tout ce qui passe, parce qu'elle est gentille.
(oui, bah, oui. )

-La thématique de la virginité, et du passage du père au mari.
Je vais pas vous faire l'offense de la métaphore de la rose, mais en gros ça dit:
Le papa va pas cueillir la fleur de sa fille, alors il la file à un autre.
(je vous laisse sur ces images délicieuses. )

-Les forces magiques extérieures.
Le Prince, que ce soit par son comportement, par le comportement de ses parents, etc, offense, une déité naturelle (une fée) ou alors se prends une malédiction sur la mouille à la naissance.

-La thématique de la rédemption.
Le Prince est racheté par sa gentille conduite, et par l'amour de la Belle.
Il ne sait pas quoi faire pour être aimé, il ne s'aime pas, il se hait, il veut être aimé, il n'y a qu'elle, la Belle, qui peut l'en sortir.
Il l'enferme dans sa prison avec lui, et c'est là qu'ils trouveront tous les deux leur liberté.
Elle, libérée de la méchanceté du monde extérieur et des tracas du quotidien, lui libéré de sa bestialité et de sa solitude.

-Les serviteurs animaux, ou les petit personnages qui font que les deux protagonistes ne sont pas entièrement tout seuls dans leur château.

-C'est la séparation des personnages qui dévoile l'amour de la Belle.
Elle ne supporte pas de se retrouver loin de sa Bête.
Et c'est ainsi qu'elle sait qu'elle l'aime.
(sébo.)

-Les influences humaines extérieures qui cherchent à faire du mal (installées surtout par Cocteau).
On cherche à détruire le couple, par jalousie ou cupidité.
(et d'autant plus que dans la famille de Belle, ils ont tous l'air un peu méchants/concons/ou carrément niais, mais bref.)

Voila pour le résumé de la base.
(c'est important pour ce qui suit directement.)

-Sur ces magnifiques entrefaites, il y a eu un film (et non pas celui avec la nana de Smallville, je veux pas en parler, j'ai vomit.)

J'ai nommé, La Belle et La Bête de Christoph Gans, sorti l'année dernière. 





Et ce film est Parfait.
Il reprends les points les plus intéressants des romans français et du Disney, en rajoutant une touche de cohérence et un background mignon à la Bête.
(enfin, mignon, si on aime les femmes mortes, évidement.)

Bon, ça va spoil, donc si vous l'avez pas vu, stop.

Ce film raconte l'histoire basique du marchant, trois fils trois filles, dont Belle.
Leur mère est morte.
Soudainement, le marchant est ruiné. Tristitude. Il doit aller vivre à la campagne, et Belle s'y fait très bien, alors que ses frères et soeurs hurlent à la mort.
Jusque là tout va bien dans le meilleur des mythes.

Ensuite, par miracle, un de ses vaisseaux marchands est retrouvé, comme dans le roman, les soeurs lui demandent d'aller chercher des robes etc, avec sa fortune retrouvée, et Belle désire avoir sa rose parce qu'elle ne peut pas en faire pousser dans son jardin.
(remember.)

Arrivé au port avec son fils aîné qui est sensé être son héritier, il découvre que, bon, ce qu'il y a sur le vaisseau va payer ses créanciers.
Il tempête, mais rien n'y fait, le voila tout aussi pauvre qu'au départ, et il trouve maille à partir avec des bandits à qui un de ses fils doit de l'argent.

On peut reprocher à Gans cette touche là, mais c'est là la fameuse menace extérieure apportée à la fois par Disney et Cocteau.
Celle qui apporte le dénouement, et qui a l'intelligence de mettre en parallèle à l'histoire d'amour de la Belle et la Bête, l'histoire d'amour du bandit et de sa sorcière de gitane.
(élément de magie comme on retrouve dans les autres contes, avec l'histoire de la mauvaise fée.)



tu le sens mon gros hommage? 


Le père fuit, se retrouve paumé en rentrant chez lui, château de la bête, festin et coffre d'or, comme dans la version de Villeneuve, et finalement, il repart chez lui, son cheval pansé, et chargé de tout ce que ses filles lui avaient demandé.
Finalement, sur son chemin, il croise un énorme bosquet de roses, et il décide donc d'en cueillir une pour belle.

A ce moment, là, la Bête arrive et lui sort le speech habituel:
Une de tes filles sinon agrougrouh, méchant.

Belle se sacrifie, comme à son habitude dans les autres contes, et chuchote la formule magique à l'oreille de son cheval.
NB: dans les traditions écrites, c'était souvent une bague qui lui permettait de retourner auprès de la bête, et parfois le cheval qui l'y menait tout seul, donc, une formule magique sur le cheval, et plouf, l'affaire est réglée.

Elle se retrouve chez la Bête qui lui offre les plus beaux habits, la plus belle chambre, et une liberté totale sur son domaine.
La Bête exige aussi de venir dîner avec elle tout les soirs.
Belle n'est pas réellement d'accord, craignant la Bête, mais elle accepte, puisque la Bête ne semble pas lui vouloir tant de mal.
(bon, elle flippe quand même sa race.)

La nuit venue, elle rêve.
Elle rêve de la vie du prince qui habitait dans ce château.
(spoil)

Le Prince était marié à une femme superbe. Il n'avait que deux obsessions  elle et une biche dorée (note, dans les contes, ce sont des cerfs dorés qui conduisent les carrosses des fées) qu'il rêve d'attraper.
Elle lui demande de renoncer à cette biche, et il accepte si elle lui donne un fils.
Elle tombe enceinte, il est fou de joie mais lui ment.
Il continue la traque de la biche, et finalement, l'abat devant les portes de son château.

Attention retournement de situation: 




Comme c'est un conte, la biche, c'était sa femme.
cqfd.

Une nymphe, fille du dieu de la forêt, transformée en femme par amour pour lui.
La dieu de la forêt le maudit, lui et tout les habitants du château. Il transforme les chasseurs et amis du prince en statues de pierres, gardiennes du domaine, et le maudit, lui, jusqu'à ce qu'il trouve quelqu'un pour l'aimer.

Bref, Belle met plusieurs nuits pour voir tout l'histoire, et entre temps, elle trouve le bosquet où la nymphe changée en statue gît, le carreau d'arbalète toujours planté dans son coeur.
Elle découvre aussi les petits habitants du château, des petit animaux changés par magie, et qui la suivent partout.
Elle a aussi régulièrement des repas avec la Bête, où elle apprends à mieux le connaitre derrière sa rudesse, et sa férocité. On la voit également fascinée par le Prince qu'elle voit la nuit en rêve.

La Bête lui a défendu de sortir la nuit. Mais parce que "Belle" et que depuis Cocteau, Belle est têtue et fait rien de ce qu'on lui dit, elle sort la nuit.
Elle découvre la Bête, poussé par son instinct de chasseur depuis la malédiction du dieu de la forêt, subir sa nature animale et dévorer sauvagement sa proie à même le sol de sa chambre.

Terrifiée, Belle s'enfuit.
(again, ça c'est le Disney style.)
La Bête la rattrape.
Et lui avoue qu'elle veut son amour.

Belle lui refuse.
Le lendemain, elle demande à voir sa famille.
La Bête lui accorde, et lui apprends comment revenir la voir, en soufflant la formule au cheval.

Quand la Belle rentre chez elle, elle trouve son père mourant, et ses frères et soeurs ébahis de la voir si bien vêtue. Et comme les frangins ont maille à partir avec les brigands du début et qu'ils craignent un peu pour leur soeur, ils vont vendre la Bête aux dits-brigands, en leur montrant les riches atours de Belle et en leur promettant mille fois plus.

Le cadet s'oppose à ce plan, se fait cogner par les aînés qui vont avec les méchants casser du Vicent Cassel  de la Bête féroce.

La Belle se réveille de la chambre de son père malade pour trouver son petit frère fort marri, qui lui avoue tout.
Elle a soudain peur pour la Bête, ayant comprit que la Bête et le Prince ne faisaient qu'un. Finalement, l'absence, et la menace de mort pesant sur la Bête lui font voir ses sentiments, elle l'aime et ne désire pas sa mort, qui serait pour elle insupportable.
(comme dans le conte.)

Elle essaye de revenir jusqu'à lui, mais sans le cheval, elle se retrouve sans moyen d'y parvenir.
Finalement, elle demande l'aide du dieu de la forêt, avouant une première fois son amour.
Elle y arrive tandis que les brigands se castagnent avec les statues gardiennes du domaine de la Bête.
(petit rappel aux serviteurs tous changés en statue dans le conte de Villeneuve, car oui, le fait que tout le monde soit changé en statue pour ne pas révéler le secret de la Bête est présent dans les contes.)
Belle arrive à temps pour préserver l'humanité de la Bête et l'empêcher de tuer tout le monde.

Finalement c'est la Bête qui se fait avoir (derechef) et cataclysme final, tout les méchants sont réduits en bouillie, et tandis que la Belle n'abandonne pas la Bête blessée, le brigand abandonne sa gitane, mettant l'accent sur la superficialité d'un amour uniquement basé sur le désir en opposition à l'amour pur de la Belle, un amour qui se construit et qui peut durer face aux épreuves.

Le brigand n'hésitera pas une seconde à sacrifier sa gitane pour garder le trésor, et d'autant plus pour sauver sa vie.
Mais lui aussi trouve la mort, tué par les ronces du bosquet de rose de la femme morte de la Bête, une manière de condamner la lâcheté et l'abandon.
Pendant ce temps, La Belle amène la Bête, aidée de ses frères, dans sa chambre, au sommet du château, alors que tout s'effondre autours d'eux.
Dans sa chambre se trouve une source miraculeuse, qui avait déjà soignée les mains de Belle alors qu'elle était juste arrivée au château, et la belle y plonge la Bête, espérant qu'elle vive.

Tout les éléments nécessaire à la fin de la malédiction étant là dès le début mais nécessitant l'intervention de Belle. Comme dans les contes.
(je me répète.)

Face à cet amour sincère, la malédiction est levée, et la Bête redevient le Prince.
Ils partent vivre heureux à la campagne, et ont des enfants.
La Belle et le Prince cultivent des roses et s'aiment.
Happy end. 


Et Vincent Cassel.
je n'ai rien à ajouter.
Vincent Cassel. 
Alors.
Il se trouve que j'ai fait tout cet article parce que j'en ai un peu marre des gens qui disent n'importe quoi sur ce sujet, sur ce conte, et sur ce film.

Déjà, le Syndrome de Stockholm.
Le NOMBRE de petit malins qui se croient intelligent en disant "hurdurdur la Belle et la Bête ssé tro naz, tavu, c'est le Syndrome de Stockholm kel a la Belle, huhulol."

NON!
Au 17è c'était pas le Syndrome de mon cul, c'était LA VIE.
Les filles étaient VENDUES et c'était comme ça.

Ensuite, si un des deux persos doit avoir le syndrome de ta soeur, c'est la Bête. C'est lui qui est enfermé, et pour des raisons injustes ou des caprices de fée (et allez pas me dire que dans le Disney c'est justifié, c'était un môme, rappelez vous de vous à onze ans et taisez vos bouches), dans un château, et dans SON PROPRE CORPS.

Il doit trouver quelqu'un pour l'aimer, mais PERSONNE ne veut l'approcher parce qu'il est trop moche, même s'il est gentil. (ok, pas dans les films, il est plutôt rude, mais allez me dire qu'il est fondamentalement méchant et qu'il fout la Belle au pain sec et à l'eau dès qu'il a reprit deux trois skills en communication. )
Il veut juste quelqu'un pour briser sa solitude alors il enferme la Bête avec lui, mais il lui LAISSE LE CHOIX.
Dans tout les contes il est précisé qu'elle doit venir de sa PROPRE VOLONTE.
Il ne l'oblige pas à l'aimer, il la rends maîtresse de son royaume, et il lui offre tout ce qu'elle désire.

Tu parles d'un syndrome de Stockholm.
C'est pas geôlier, c'est un pauvre mec emprisonné dans un corps disgracieux, que tout le monde déteste, et qui se fait carpette devant une fille.

Allez crever avec vos remarques de mécréants.




Ensuite, le film de Gans.
Ce film reprends tout les éléments du mythe, et en fait un ensemble très joli (déjà, et pour que le cinéma français sorte quelque chose de ce niveau, en général faut s'appelle Annaud ou Jeunet. ) cohérent avec le conte d'origine, et laisse le côté merveilleux l'emporter.

Cette adaptation jongle avec la racine réelle du conte, ce qu'en a reprit Disney et qui est intégré dans l'imaginaire collectif, et apporte un background largement nécessaire à un conte soit vide, soit lourd (et pédophile.)

Non, toute la magie n'est pas expliquée.
Non.
Voila.

Oui, le brigand est une bonne idée, parce que les forces extérieures cupides SONT une bonne idée, qu'une histoire d'amour superficielle pour contrebalancer une histoire d'amour réelle est une bonne idée.

Et OUI l'histoire du prince est une bonne idée.
Parce que ça le maudit en le rendant bestial, une Bête qui chasse, une Bête sanguinaire, ça lui donne un côté désespéré. Le coup de la femme dans un buisson de rose, buisson qu'il protège, donne à la fois une très belle image de son amour immense pour sa femme morte qu'il a trahi, et la rose qui passe d'une femme à l'autre est une image de fin de deuil et de don de soi (rose et virginité, je rappelle) absolument magnifique.

Le fait que la femme soit une nymphe de la forêt n'est absolument pas choquante.
C'est une très bonne idée, que de punir la Bête par son lien avec la nature. De le punir pour un crime affreux.
(il tue sa femme ET son enfant à naître, je rappelle. )
Et ce meurtre lui fait perdre presque toute attache avec son humanité.

Cette humanité c'est Belle qui a lui rends, en l'empêchant de tuer.
Cette fois, il écoute la femme qu'il aime. Il retient sa main.
Il fait ce qu'il n'a pas pu faire auparavant.
Et c'est un symbole fort.

Bref.
ce film est bien, et j'avais envie de faire un article parce que je n'en peux plus du nombre de conneries sans nom qui sont débitées tout les jours sur le sujet.
Syndrome de Stockholm...
Bon sang de...
Bref.

Des bisous.
Portez vous bien.

samedi 7 juin 2014

Tim Burton et les monstres.



"Ah ouaih, je vois quand tu fais des articles à des dates raisonnables les uns des autres, c'est toujours pour nous parler du même sujet, bah bravo le foutage de gueule, hein."






Shut up.
C'mon blog, j'en fais ce que je veux, et ça fait un an et demie que je cherche la motivation pour écrire cet article, okay.

De plus, j'ai sérieusement besoin de décompresser parce que hier j'ai croisé une personne dont la présence seule m'empêche de dormir, et l'idée que ce... cette... ce... hum, personnage, traîne ses basques dans les environs de ma maison me donner envie de lui brûler les cheveux pour faire un barbecue de sa cervelle.
Il y a des gens comme ça...

Du coup je vais faire un bon article pas prise de tête pour moi sur un sujet que j'aime.
(et ptètre même après ça, je pourrais bosser.)
(comprends : passer six heures d'affilée à écrire un bouquin en chantier depuis 7 ans que j'ai déjà 3 jours de retard sur ma deadline imposée.)
(ahahah.)
(qu'est-ce qu'on rigole.)


Bon.
Je voulais vous parler des monstres, et du cinéma Burtonnien.
(Je déclare officiellement ce terme valide, parce que ça m'arrange bien. J'ai fait valider ce terme par Cendres le chat qui a ronronné très fort. La preuve que c'est bon.)

Je vous conseille d'ailleurs cet excellent livre:
Tim Burton entretiens avec Mark Salisbury
Dans lequel ce cher Timothy parle lui même de sa vie, son oeuvre, ses galères avec Disney, ses galères avec les studios, ses galères avec les scénaristes, et ses monstres.
De la bonne came.

Comme je l'expliquais dans un article précédent, Burton n'est pas un réalisateur de films gothiques. C'est même pas un réalisateur de blockbusters.
En réalité, on l'aurait laissé faire ses trucs tout seuls dans son coin, sans aucune contrainte, on l'aurait pas prit pour un génial réalisateur tout public mais pour un homme amateur de films de Kaijus, de monstres en go-motion, et de vieux films d'horreur qu'il mettait à sa sauce dans un délire visuel trop plein de couleurs pour être honnête, et tout se serait très bien passé.

Burton c'est le cas typique du réalisateur pour public d'amateurs qui est tombé par une erreur monumentale dans le star système.
A cause de son Nightmare before Christmas, qui n'a même pas cartonné tant que ça à sa sortie, qui a été retrouvé par les neo-gothiques des années 2000 et érigés en tant que symbole du dark et de ce que devait être Tim Burton.


Da fuck?


(quand j'étais gosse ce film me terrifiait. )
(je pouvais pas le regarder en entier. ok?)

A la base, le Nightmare, c'était un poème écrit par Burton, qu'il a porté à son copain Danny Elfman.
(si vous voulez vous la raconter:
-Elfman a un groupe appelé Oingo-Boingo
-C'est lui qui chante les partitions de Jack dans la VO. Pitiez regardez vos films de VO.)

Et comme la réa de ce film (bon, jour fais du stop motion. c'est LONG.) a duré longtemps et qu'entre temps Burton a eu le temps de faire Batman et Edward aux mains d'argent, il n'est QUE le scénariste du projet.
Il n'a pas réalisé le Nightmare. Même si c'est son petit, c'est pas lui.
(C'est comme dire que Georges Lucas a réalisé les Star Wars.)
(Ahahah. Faut pas déconner. Il a réalisé l'épisode 4, et après il a refilé le bébé. Il s'occupait même plus du casting à la fin. Rien à foutre, le mec.)

Donc oui, Nightmare est sorti de l'esprit de Burton. Il a créé Jack, il l'a dessiné, il a créé l'histoire, il passait de temps en temps pour voir. Mais le mec qui l'a réalisé c'est le papa de Coraline.
(ce film est bien.)
(regardez le.)
Et c'est très bien qu'on donne le crédit de ce film à Burton (qui doit se faire des organes reproducteurs en platine avec les produits dérivés même en enlevant le pourcentage Disney) mais c'est important de ne pas oublier monsieur Henry Selick.

Néanmoins, avec le Nightmare, on touche à deux points essentiels de Burton:
-Son amour des techniques traditionnelles
(même s'il a craqué le slop avec Alice, je pense que c'était plus une demande des studios Disney. Par exemple, pour Big Fish, la scène des jonquilles: il a dévalisé les fleuristes de trois états des états unis pour avoir le bon nombre de jonquilles. Et le CGI était hors de question, même si on lui avait proposé.)
-Son esprit créatif.
Burton est un des rares réals (avec Scott et j'ose m'avancer, Del Toro) à mettre la main à la pâte niveau design, à faire une partie des story boards lui-même (surtout en ce qui concerne ses projets animés) et à toujours participer au processus créatif. C'est pas le genre à filer l'idée aux dessinateurs et à partir se boire un café.

Tim Burton est avant tout un créateur.
Un dessinateur.
Et c'était son premier métier, même.
Designer chez Disney.


Disney street cred.

Ce petit pourrit a fait Cals.
(Cal Arts, l'école des studios Disney, en quelque sorte.)
(j'ai rêvé de Cals, tu as rêvé de Cals, tout les gens qui ont touché un crayon ont rêvé de Cals.)
*sanglots*

Burton était animateur.
Il a bossé pour Rox et Rouky (en même temps donc que mon idole Glen Keane. Hu. )(Le mec qui a fait Aladdin, Ariel, la Bête et qui était chef de l'anim dans Tangled. Je sais pas si tu vois le level.) et il était malheureux.
Oui, ce petit pourrit était malheureux de faire des renards pour Disney.
Ma foi.





Faut dire qu'à la base, les renards mignons, il y était pas vraiment destiné.
Burton, lui, il aimait les monstres.
Il aimait les reclus, les gens différents, et il aimait regarder son propre mal-être à travers le prisme des monstres qu'il voyait sur la télé de ses parents depuis son enfance.
(je n'invente rien. Il le dit lui même.)

C'était un gamin qui se sentait seul, qui se sentait différent, qui se sentait mal. Et qui voulait dessiner des monstres.
Le genre de gosses qui a tellement pas peur du monstre de Frankenstein qu'il veut lui faire des câlins pour lui montrer qu'il est pas tout seul. Que lui aussi est un monstre.
Que c'est pas les monstres, les physiquement différents qui font peur.
Mais les gens "normaux" qui vivent dans un univers incompréhensible.

Le personnage de Edward Scissorhand a été écrit des années avant sa réalisation, car il symbolisait pour Burton son incapacité à communiquer avec le monde.
Les mains, outils pour toucher, pour sentir, pour communiquer, Tim Burton ne savait pas s'en servir. Il savait juste créer des dessins qui n'intéressaient personne (même pas les studios Disney où il est resté deux ans à moitié assis sous une table à faire plein de dessins qui ont finit dans un coffre du studio dès que le monsieur a prit de la Hollywood cred) (après avoir dessiné des renards on l'a collé au département recherche.) (ahahah.).
Tim Burton EST Edward.
(posez la question à Depp pour savoir ce qu'il en pense.)

Tim Burton se voit comme un monstre, incapable de communiquer correctement avec les autres.
Un artiste pas à sa place.
Visionnaire, cela allait se vérifier tout au long de sa carrière.
(du moins jusqu'à ce que son nom devienne une marque déposée et qu'il puisse faire ce qu'il voulait.)
(dans un grand rire machiavélique.)

Tout ses personnages, les personnages auxquels il s'identifie sont basés autours de la thématique de l'outsider.
C'est peut-être redondant. Mais en même temps, c'est ses films et il vous demande pas votre avis.
(avec le trio gagnant du début Pee Wee - Beetlejuice - Batman, l'aurait fallut voir venir quand même, que le mec était légèrement obsessif.)

C'est aussi pour ça qu'il cale tout ses rôles "autobiographiques" dans les pattes de Johnny Depp.
Déjà parce que Tim Et Johnny sont secrètement mariés  sont meilleurs copains avec un degré de "t'es mon pote je t'aime pacte de sang à la vie à la mort" assez extrême. Et que si je passais mon temps à hurler ma frustration d'enfance et mes doutes existentiels à longueur de temps sur un écran, je confierai ces rôles qu'à mon plus fidèle pote qui:
1 -ne  risque ni de me trahir ni de se foutre de ma gueule
2 - me comprends assez pour rester fidèle à l'image que j'ai de moi
3 - va la sublimer pour me renvoyer une image assez fidèle pour que je me reconnaisse mais qu'en plus il va transformer ce portrait en oeuvre d'art à portée d'autres gens

Mais les gens disent encore:
Ah nan mais gens, hinhin, y'a que sa femme et Johnny Depp dans ses films, il sait pas faire autre chose, hein, genre, des films sans famille, faut qu'on lui tienne la main?



Le prochain film de Tim Burton se fera SANS Helena et Johnny.
(mais avec Christoph Waltz.)
*mouchoir pour ceux qui bavent d'avance*

Et oui, depuis 2005, il n'avait fait QUE des films avec Johnny Depp.

Mais depuis 2005 il n'avait pas envie se se séparer de sa famille.

Tim Burton, l'enfant qui se sent comme un monstre, l'enfant qui se sent pas à sa place, a vu Beetlejuice (échec critique à base de bon gros fumble au moment de sa sortie) être redécouvert et exploser les ventes en DVD, et après s'être tapé des années de galère avec les studios (après un relatif "bon, ça marche assez bien tes conneries de manège pour enfant sous acide, fais ce que tu veux, mais déconne pas" sur le deuxième Batman) (qu'il a mal vécu parce qu'il vivait à l'époque très mal les gros studios) (le mec il bossait SOUS son bureau chez Disney, je rappelle) qui se sont soldées par un "ahahah, tes conneries avec la panète des singes là, c'est pas possible, tes histoires d'amour entre le signe et l'homme, t'es fou dans ta tête mec, t'es à hollywood, là, hein, et tes scènes de bataille tu vas te les carrer dans le cul, non mais il est pas bien lui" et qui lui a valu de vomir sa profession par tout les orifices possibles, finalement, le mec, il a fait Big Fish.
Big Fish, après son désastre sur la Planète des Singes, c'était sa thérapie.
C'était "laisse moi tranquille, laisse mon faire mon film, laisse moi, je vais vous abandonner avec vos conneries, et je vais filmer des monstres humains rejetés de la société".


Big Fish, l'histoire d'un conteur d'histoire qui déforme la réalité pour que tout soit plus fort, plus beau, et qui finalement perd la crédibilité de son fils.
(bonjour je vis ma thérapie avec les millions d'Hollywood, et je t'emmerde.)

Big Fish c'était la planche de salut d'un mec à qui on a toujours mis des bâtons dans les roues, qu'on a essayé de faire rentrer à coup de savate dans des moules divers et variés, et à qui on ne laissait la bride que pour des projets "bizarres mais on va quand même lui filer de quoi faire son truc, des fois que ça marche".
A qui on a fait réaliser Batman sans croire 4 secondes à son potentiel dans un de ses projets personnels.

Et bizarrement, après être passé pour un mec qui réalise des films "WTF, très bien mais bon finalement, ça passera jamais auprès du chaland moyen" finalement devient un "artiste".
Un type qui a une "vision" une "patte".
Et qui vaut des sous.
C'est en jouant les incompris et en étalant ses névroses acidulées que Burton a du talent.

Alors, on lui lâche la thune pour faire "Charlie et la Chocolaterie;".
(ouaih, cash, comme ça.)

Et donc, le mec, il prends sa famille sous son bras.
Parce que, avec toutes ses névroses et sa méfiance exacerbées du star système, il est hors de question qu'il fasse quoi que ce soit sans sa femme et son Johnny.
Nope.


(et faut avouer que c'est pratique un mec tu lui dis:
"alors je vais te pourrir la gueule de maquillage et de postiches, te faire porter un costume inconfortable 15h par jour et te faire jouer un rôle difficile qui, si tu te chies d'un demi millimètre te rendra complètement ridicule" et le mec il te réponds" han trop cool!" )
(j'aimerai.)

Et faut avouer aussi que Johnny Depp il a eu beau aligner Edward Scissohand, Las vegas parano, Ed Wood, Dead Man, Gilbert grape, et j'en passe, ben avant de se torcher ce PUTAIN de Jack Sparrow les studios pariaient pas un demi nougat (rance) sur sa gueule.

(Plaignez vous que Di Caprio ait pas eu d'oscars. J'en connais un autre.)

Je me met aussi à la place de Johnny Depp.
Quand il est arrivé pour Edward à son entretient avec Burton, en gros, Burton lui a dit:
"Salut, tu n'as aucune crédibilité nulle part tu es un BG dans une série de merde, tu as envie de te suicider, le mieux qu'on t'ai donné c'est une caricature de toi-même (Cry Baby, souvient toi) je te file le rôle de ta vie, ça te demandera du talent, et un putain de boulot d'acteur, je m'en fiche de ce qu'on pense de toi, je vais hurler dans le bureau des producteurs pendant une semaine pour que les mecs te filent le rôle, je t'aime bien."
Evidemment que la réponse ce sera:
"Veux tu m'épouser?"
"Han trop cool."


Le pourcentage de gifs de Depp sur ce blog
est en augmentation drastique.
....
Joie.
Et même après, ça devait vaguement ressembler à:

Tim:
"Coucou copain, malgré tout tes efforts ce que les gens retiennent de toi c'est 1) tes rôles dans mes films 2) cette caricature de pirate pour amuser ton gamin, je te propose des putains de rôles comme ça même si tu contribue au cliché comme quoi t'es ma bitch, t'en as rien à foutre, on va faire de la marade de qualité avec rôle en béton garanti, et ça donnera aux gens une bonne occasion de baver, vazy, joue mec, et t'as pas intérêt à me décevoir, j'attends beaucoup de toi."

Johnny:
"Et pour le mariage sinon, non? Toujours pas?"
"Oh oui, faisons du cinéma ensemble copain."

Mais voila.
Ce que les gens retiennent c'est:
"han ENCORE un film de Tim Burton avec Johnny Depp putain ça doit trop être de la merde;"


Va sucer la double stouquette de Scorsese/Di Caprio, tiens.

Moi je trouve ça beau la longue collaboration d'un réal en qui personne faisait confiance parce qu'il"était bizarre" avant que tout le monde trouve que "han mais il est bizarre, quoi, c'est trop sa patte, s'trop un génie tavu" et d'un acteur que les studios essayaient de pousser sous le tapis du bout du pied parce qu'il avait un peu trop tendance à vouloir pas jouer dans des grosses productions et que finalement ces deux mecs ont finit par construire un empire ensemble.

Au final, c'est sa réputation de reclus qui lui vaut sa gloire, à Monsieur Burton, mais pas pour les bonnes raisons.

Moi je suis tombée amoureuse de Burton pour ça:

Quand j'étais gosse, j'étais seule au milieu d'adultes relativement (très) éduqués, et j'étais une surdouée hypersensible avec une dépression infantile sur le dos.
(Fatality.)
Je me sentais mal. Je me sentais pas à ma place.
J'inventais des heures des histoires, je dessinais beaucoup (oui, ça vous rappelle personne?) et j'étais persuadée d'être Edward.

J'ai chialé des torrents de larmes quand j'étais gamine, parce que non seulement j'étais amoureuse de Edward, mais j'étais persuadée d'être comme lui, et de finir comme lui, à jamais réussir à m'intégrer et à être obligée de fuir la société.
(c'est plus ou moins ce qui m'arrive, mais j'ai internet alors ça va.)

C'est rigolo (hurm) de penser que parmi les réalisateurs que j'admire beaucoup ont la même fascination pour les monstres, pour les reclus.
(Del Toro, Scott, Genet...)
(non parce que bon, la vague tentative de zombie poétique de Danny Boyle j'ai beau me faire pipi dessus quand je la vois, je le case pas dans mes "amours monstrueux")
(contrairement à Refn qui parle des vrais monstres. Ceux qui sentent le meurtre. ceux qui me font peur.)
Je pense sincèrement que Burton et moi, si on nous filait un remake de Alien à faire, on tuerait l'équipage et on laisserait vivre le xénomorphe. Parce que son existence est belle, qu'il n'est pas mauvais par nature, que c'est juste une bête.
(ne jamais laisser Burton s'emparer de la saga, pitié.)

Mais la monstruosité apparente, chez Burton n'est jamais négative.
Les disparités physiques ne servent qu'à souligner la profonde humanité de l'être qui en est affublé.
Chez Burton, le rejet rends sensible et doux, et force à la gentillesse.
(on sait que c'est pas toujours le cas, mais cette innocence me va. Cette naïveté me rend heureuse.)


Néanmoins, s'il reste Naïf (de manière voulue) sur les "monstres" et les gens "différents", Tim Burton n'est pas stupide en ce qui concerne les gens normaux.
Pour Burton uniformisation = la mort.

Ce qu'il diabolise dans ses films, c'est les gens normaux.
Ceux qui jouent le jeu de la société, qui rentrent dans des cases de leur propre chef.
Ses personnages centraux sont souvent des créatifs, brimés par la société ou que personne ne prend au sérieux.

Le "Monstre" n'est là que pour souligner la véracité de la nature humaine.
Dans Mars Attack! les martiens vont amener les hommes à donner le meilleur et le pire d'eux même.
Dans Big Fish finalement c'est les "freaks" qui vont être le plus grand atout du personnage, qui est un rêveur invétéré, au point qu'il va les sublimer pour en faire des héros, se sentant chez eux parmi leur étrangeté.
Dans Charlie et la Chocolaterie les deux êtres différents que sont Charlie et Wonka se retrouvent face à des gens qui les méprisent, Charlie parce qu'il est pauvre, Wonka parce que, malgré son talent, il n'est pas conventionnel.

Willie Wonka n'est pas à un monstre à proprement parler mais il est, avec Edward, ce qui représente le mieux la façon dont Tim Burton se voit.
Un artiste qui génère des thunes mais qu'il faut quand même planquer au fond d'un tiroir parce qu'il est trop "étrange."


Go Tim Go!
(Burton selon Hollywood : vue d'artiste.)
Les vrais monstres, pour Burton, c'est ceux qui le rejettent sur des critères qui sont à ses yeux, incompréhensibles. Qui forcent le "monstre" à se détester alors qu'il n'est pas mauvais.

Les vrais monstres c'est la population avide dans Edward.
C'est les vivants des Noces Funèbres.
C'est la femme meurtrière de Sleepy Hollow.

L'humanité n'est pas, pour Burton, quelque chose d'innée, quelque chose qui se voit sur votre visage, mais quelque chose qui se gagne.

Sweeney Todd perd son humanité dans sa folie, dans la débauche de son "talent", il perds son but, et donc sa raison de vivre en même temps que ce qui faisait de lui un humain.
Mais les monstres que sont les parents dans Beetlejuice, en ayant de l'empathie pour les fantômes regagnent leur statu d'humain.
Les frontières sont faites pour être franchies et rien n'est acquis.

Il est d'ailleurs intéressant de voir que dans ce film l'avatar de Burton n'est pas un des fantômes, mais la jeune fille qui arrive à les voir. Qui a les yeux nécessaires pour "voir" au delà des apparences, au delà de ce qui est "réel" et donc, normal.


Oh Burton, you little prankster.


Au final, je pense que c'est pour ça que Tim Burton est catalogué comme réalisateur pour Gothiques.
Parce qu'il laisse la part belle aux outsiders.

Néanmoins je ne peux m'empêcher de m'élever contre cette facilité.
Décrire Burton comme un réalisateur pour gothiques c'est l'enfermer dans des cases qui ne lui correspondent pas. Et il s'enferme assez bien dans ses propres cases tout seuls.
Des jolies cases avec des femmes bleues découpées en morceaux.

Burton a grandit avec une optique romantique qui lui fait penser, comme à tout les mélancoliques, que le meilleur de sa profession est derrière lui.
C'est un amateur de vieux films, un amoureux incontionnel de Vincent Price (et quand Price a accepté de jouer l'inventeur dans Edward ce cher Tim a du hurler de bonheur et avoir du mal à s'en relever) (comme je le comprends) (moi si on me disait que Bowie accepte de jouer pour moi il faudrait m'emmener au service réanimation).
(Je bougerai pas une oreille devant Ridley Scott mais filez moi Bowie et je me meurs.)

Il se roule dans les vieilles techniques d'animation et dans les effets spéciaux traditionnels (bon, okay, sauf avec Alice. En même temps...)

C'est un type qui aime l'ancien, les contes, les monstres, les contrastes sur la pellicule (qui confinent au gerbant dans Charlie, mais en même temps, rien que lire le livre te file le diabète) , mais en aucun cas il ne se considère lui même comme un mec ténébreux.

Il se considère comme un monstre.
Miraculeusement passé du côté de la lumière.
Et qui le vit plus ou moins bien.
(bien parce qu'avec Héléna d'un côté et Johnny de l'autre).

Bouh.
Au final j'aime ce réalisateur.
Ce mec est "humain". Humain dans son propre sens. Humain avec des faiblesses, mais humain, artiste, et pas forcément bien comprit.

J'aime ce à quoi il me fait faire face, j'aime voir par ses yeux.
Et j'aime le baume qu'il met sur mes plaies. J'aime croire à ses histoires, j'aime croire qu'au final ceux qui sont différents sont sauvés par leur part de folie, qui les met à l'écart de la méchanceté brute de la "normalité".

Je ne supporte pas qu'on dise qu'il fait n'importe quoi, et toujours la même chose.
Tout les réalisateurs ont leurs lubies, et leurs points faibles.

Refn parle de notre rapport à la violence, de l’extrême cruauté du monde, Wes Anderson parle de l'apprentissage à longueur de scénario, Genet est obsédé par la distorsion de la réalité, Steven Moffat est un bourreau avec ses cliffhangers à la con, Tarantino a le grand fantasme du héro badass et des hectolitres de sang, Nolan essaie de faire les récits les moins linéaires possibles, Annaud finira mort sur une Imax à force de filmer des paysages grandioses... Et j'en ai des tas comme ça.

Burton ne fait pas toujours la même chose : les voudraient qu'il nous refasse éternellement Edward et Sleepy Hollow.
Sauf que non.
Et du coup on le critique pour "faire du caca".


Moi c'est ce qui me plait chez lui.
Que malgré tout il continue à faire ce qu'il veut faire/sait faire et qu'il parle de ce dont il a envie de parler.
Un discours simple qui encourage à l'acceptation de la différence et qui interroge en douceur sur la nature humaine.

Je me sens proche de lui, et je chérit chacun de ses films, chacun de ses poèmes, chacun de ses scénarios, chacune des images qu'il met en scène.

D'autant plus en ce moment, où je me retrouve confronté à ma propre image sociale, à une réelle réflexion sur les monstres.

On me dit que je me met à l'écart, que je vis en marge de la société dans une branche d'outsiders, mais au final, ce comportement social qu'on veut me prêter, et mon association supposée avec d'autres gens "de mon espèce" je ne la vis pas. Ou très peu.
Mon cercle social est réduit, très réduit.

Car, si je ne supporte pas les gens "normaux", les "sans visage" que je croise dans la rue, si prompts à m'écarter de la société à cause de mon apparence (apparence que j'ai choisie justement car je ne supportait pas ces gens, manière de s'écarter d'office mais en aucun cas victimisation, je sais ce que je fais.) j'ai aussi du mal avec les gens que je suis censée intégrer.


Késseldi?
Jamais contents ces gothiques de merde.

Dans un milieu composé uniquement de gens se mettant en marge de la société, le microcosme est encore plus féroce.

Il y a ceux qui pensent intégrer cette micro société parce qu'on est "cool".
Il y a ceux qui sont là pour se faire une place au soleil parmi les outsiders.
Il y a ceux qui vont essayer de jouer au jeu du "je suis plus marginal que toi".
Ceux qui vont essayer de te détruire parce que y'a pas assez de place pour tout le monde; (si.)
Ceux qui pensent que marginal n'est pas suffisant, que et que rajouter "intolérance" à asocial fait de toi le combo gagnant, l'alpha de l'underground. (non.)

Et il y a ceux qui sont comme moi, réellement à la masse, pas à l'aise avec les interactions sociales et qui au final se retrouvent là par hasard, pensent trouver des copains puis finalement se font latter la face dans le panier de crabe et vont s'enterrer au sommet d'une tour avec des chats.
En finissant par se méfier de tout et de tout le monde.

Je ne me sens chez moi nulle part, et je me méfie de mes "semblables" comme de la peste.
Contrairement au monde de Burton, la mise à l'écart les a rendu vaniteux et méchants, manquant complètement d'humilité.
(pas tous. J'en connais des chouettes. En général ils sont dans les liens de mon blog. Free add, yes.)

Et si pour moi, la personne "normale" est potentiellement un monstre comme je le suis à ses yeux, un être différent et difforme qui pourrait me faire du mal, c'est parmi ceux qui me "ressemblent" que j'ai rencontré les vrais monstres.
Ceux qui te font des sourires pour t'égorger par derrière.

Ces personnes me font perdre foi en l'humanité, et me rendent profondément malade d'être de la même espèce.
C'est ce qui me donne l'espoir d'être un monstre de Burton; un humain déphasé. je ne veux pas avoir affaire à ces gens là.

C'est pour ça que je vomit encore la rencontre d'hier.
C'est à cause de ce genre de personnes que j'ai la bouche qui se remplit du goût du sang.

Je suis un monstre.
Je voudrais être un monstre.
Je me sens monstre.

Parce que je ne veux pas être un humain comme eux.






(j'ai importé 80 gifs pour cet article. j'en ai pas utilisé la moitié. j'ai un problème. aidez moi.)