mardi 19 mars 2013

"Cher moi" "Dear me".


Jeremy Semet, un de mes camarades d'écriture a décidé de lancer le projet "Cher moi", que vous pouvez retrouver ici:
Il s'agit d'écrire une lettre à son soi de 16 ans.
Et les Dieux savent que j'aurais des choses à me dire...



J'avais seize ans. Foutrediable.
(néanmoins, déesse acné m'avait épargnée,
hallelujah.)


"Hey you.
Chez toi, nous sommes en 2006. Tu as seize ans. Tu habites dans cette maison sans âme dans une bourgade pourrie où il n'y a même pas de bus. Ta mère a soudainement décidé que ta chambre serait meublée dans les tons oranges, et tu as l'impression de vivre dans une grosse citrouille.
Tu vis dans cette maison, avec ta mère, ta soeur qui doit avoir huit ans à l'époque, l'espèce de petit enfoiré qui te sers de beau-père, et le chien dont personne ne s'occupe, et qui prend des roustes quotidiennes de la part de l'enfoiré sus-cité.
Toi, tu es en année de première littéraire. Tu roupilles confortablement en cours avec le Fiston, tu as rencontré le Batteur, et Jeremy est toujours ton meilleur ami. Le lycée est ta vie. Tu y passes tout ton temps. Tu lis pas mal, tu as découvert les joies d'internet. Et tu as commencé à écrire.
Peut-être même que tu as fini d'écrire l'histoire de Jackie et Jude. Ta première histoire. Tu en es fière. Tu as raison. C'est une belle histoire. Bien d'autre viendrons.
Tu commences à te douter que ta vie, ce sera ça. Créer des histoires.
Tu es une passionnée de cinéma, et de cinéma d'animation. Combien de fois est-ce que tu as vu Gladiator? Est-ce que tu te pâmes toujours devant les effets spéciaux de la Weta pour le Seigneur des Anneaux?
Rassure toi, à l'âge que j'ai, je n'ai toujours pas fini de me pâmer.

Je suis toi.
Je suis ton toi du futur.
Ce n'est pas grand chose, tu sais, en terme de futur. Je n'ai que vingt-trois ans. Mais le chemin parcouru de toi à moi est immense.
Je te regarde, enroulée dans ton grand manteau noir que tu aimes plus que tout, avec tes hautes bottes à talon, ton maquillage noir, tes ongles noirs, tes vêtements noirs, et ta mère qui soupire en te disant que ce n'est qu'une passade.
Tu ne travailles pas en classe parce que tu n'en as pas besoin, et ton arrogance à ce sujet est à la hauteur de ton envie de vomir quand tu entres en classe.
Tu ne manges plus. Tu as perdu trop de poids. Tu hésites chaque jour entre ton envie de te foutre en l'air de manière rapide et violente et un futur que tu imagines, dans lequel tu racontes plein d'histoires, dans lequel tu fais du cinéma.
Tu dessines aussi. C'est pas grand chose. C'est moche. Mais tu t'acharnes.
Je te regarde, et tu ne me fais pas de la peine. Parce que tu es forte. Parce que tu vis au milieu du carnage créé par un fou qui vit dans ta maison, parce que ta propre famille a coupé les liens avec toi, mais que tu tiens. Tu es forte. Il n'y a pas de marques sur ta peau. Tu n'essaies pas de te détruire. Tu vis.
Tu es ce que je suis, tu es ce que je vais devenir.
Un corbeau. Un animal qui survit, dans n'importe quelle situation. Sous n'importe quel climat. Même sans nourriture. Tu es une survivante.

Je sais que tu te détestes. Que tu hais passionnément ton corps.
Mais que tu aimes plus que tout tes fringues.
Ça durera longtemps.
Mais, je vais te dire un secret. Ce n'est pas qu'une passade. Tous ce que tu as eu envie de faire, tu le feras. Tu ressemblera à ce que tu veux. Si tu me voyais. Oui, je me suis rasé les cheveux. Oui, j'ai les cheveux rouges. Plus rouges que ceux de ta mère. Des piercings? Pas mal, oui. Des tatouages? Si tu savais...
Tu réaliseras un jour que tu t'appartiens.
Cette peur sordide au creux de ton ventre, cette peur qui appelle la Mort. Elle sera longtemps ton cauchemar. Jusqu'à ce que tu la regardes en face. Que tu te regardes.

Bientôt, tu vas crever.
C'est du moins l'impression que tu auras. Et ça va pas passer loin.
L'année prochaine, ton coeur va lâcher de trop de pression. Tu n'en pourras plus de cette vie à naviguer entre le lycée, ta chambre ravagée par tes parents, et le grand fauteuil rouge où tu les écoutes crier, tous les sois. Tu n'en pourras plus d'entendre ta mère te dire qu'elle a honte de toi, et que tu es une putain.
Tu vas tomber amoureuse, il sera trop compliqué, tu vas le quitter, et ça te tuera.
Une partie de toi sera morte pendant six ans.
Tu vas souffrir. Mais tu vas survivre.
C'est comme ça, et ça ne sert à rien de s’apitoyer.

Je sais quel sont tes voeux les plus cher.
Que le beau père s'en aille, que tu fasses du cinéma, que tu aies ton propre endroit pour vivre, et ta propre famille..
Le beau père s'en ira. Réjouis toi. Tu vivras avec l'envie de l'éventrer en place publique, ou plus sobrement, de l'humilier, mais il va s'en aller. Faire du cinéma... On y travaille, mais ça avance.
Quand à l'endroit à soi, à la famille... Ca se passe pas mal. D'années en années, ça va aller. rassure toi. Tu t'en rapproches.
Tu seras libre. Tu te souviens du "carve your name into my arm"? Tu choisira de te faire graver "liberté". Et ça marchera assez bien.
Quand à l'amour...
S'il te plait, crois-y. Même quand tu cesseras d'aimer. Parce que tu cesseras. Quand le Poète sera sorti de ta vie, tu n'aimeras plus. Les frissons dans le ventre, l'attente. La joie de revoir celui qui fait battre ton coeur. Tu te laissera piétiner par des hommes que tu n'aimeras pas, parce que tu as déjà aimé trop fort, petite conne amoureuse que tu es. Qui donne trop tôt, trop vite, et sans honte.
Mais je t'en prie, crois-y. parce qu'un jour, les choses changerons. Les choses changerons, et tu ne verras plus Poète comme le grand amour de ta vie.

Ne t'appitoie pas. Cesse de pleurer.
Arrête de te lamenter sur toi-même. Tu es seule, mais c'est dans cette solitude que tu te construira. Dans cette solitude que tu construira tes histoires, et tes projets.
Il faut que tu travailles, et que tu ne cesses jamais. Tu es solide.
Et jette moi cette arrogance. Elle ne te vas pas. Je sais, tu es entourée d'idiots. Et ça ne changera pas. Tu seras jugée, on te crachera dessus. Ta mère ne sera pas la seule à te traiter de putain. On te traitera de putain toute ta vie. C'est comme ça. Ca ne sert à rien de te regarder le nombril en faisant du pathos.
Tu as mieux à faire.
Crois-moi.

Mon petit moi-même.
Après sept ans, je peux te dire maintenant que je t'aime. Et que tu mérites qu'on t'aime.
N'en doute pas. Sois gentille avec toi-même comme tu l'es avec les personnages de tes histoires.
Tu es belle. Tu es grande et forte.
Sois courageuse.
Je te promet, je te jure, que tu pourras bientôt respirer. A grandes goulées.
La vie ici n'est pas très facile, je sais. Avec la furry family on a pas trop d'argent, et on s'en sort comme on peut, mais on est pas seuls, et ça va aller. On est libre. De faire ce qu'on veut. Cette pensée me donne le vertige.
Petit moi-même, je te dis à bientôt.
Ne t'oublie pas en route.

Leo QueenofBones Codh, from Bones Land."

jeudi 7 mars 2013

Apologie du droit du corps.






Voyez, ceci est mon corps.
Mon corps n'est peut-être pas beau, ce n'est pas un corps de magasines. Il est peut-être trop gros, trop maigre, trop petit, trop grand, trop ridé, trop craquelé...
Mais c'est mon corps.
Ce sont nos corps.

Je milite aujourd'hui pour le droit du corps.
Pour le droit qu'à chacun de s'appartenir, et de se ressembler.
Pour le droit de posséder son corps et d'en faire ce que bon lui semble.
Pour le droit au choix, et à la conscience.

Trop souvent, en parlant à ma soeur la pin up des bacs à sables, je me rends compte qu'une grande majorité ne s'habille, se maquille et se coiffe que pour ressembler aux autres, et faire partie du même clan. Et qu'aucune de ces personne n'a de réelle identité, de recherche sur son esthétique.
Mais que ce sont ceux là qui sont socialement reconnus.Respectés. Jugés sains, et sans problèmes.
Alors que les autres, qui ont décidé de se lancer dans un lent travail de construction personnelle, esthétique, corporelle, en se basant sur des envies profondes, des références en dehors de la vague mainstream, afin d'être en accord avec eux même, de mieux se sentir, et de s'accepter, ceux là sont exclus du système social.
On les juge "laids", et fous.
Ce ne sont que des marginaux.


Waltpaper et les membres de Boobs, dans les années 80.

Dans notre société on naît avec un corps. Notre corps.
Un corps neuf.
Quand on est bébé, ce corps, on le découvre, on l'apprend, sans inhibitions, sans se poser de question. On découvre simplement cette enveloppe qui nous entoure, notre peau. C'est la notre, elle nous permet d’interagir avec notre univers, et c'est tout. On la protège.
Et puis on grandit, nos parents nous habillent selon des normes, on nous apprend qu'un garçon ne met pas de robes, qu'une fille ne doit pas se rouler dans la boue et avoir les cheveux longs.
On doit être fins, musclés, avoir les cheveux soyeux, s'habiller comme tout le monde, et ne pas choisir.

On perd le contact avec ce corps qui devient étranger, et inconnu, parce que tout le temps regardé, analysé, critiqué.
Il n'est plus si facile d'aimer son corps, parce qu'il n'est plus seulement un instrument d’interaction avec son univers  mais une vitrine de nous même. Une vitrine qui donnera le droit aux autres de nous juger. Une vitrine qui doit avoir l'approbation du plus grand nombre, sinon elle perd le droit d'exister.
Alors on se cache, on s'habille, on se déguise, on met des vètements qu'on a pas choisi sur une peau inconnue.
Et on ne sait plus qui on est.
Mais c'est normal.


Eric Cornet, mannequin de l'agence Wanted.

Alors.
Quand l'angoisse nous prends.
Qu'elle est là, au fond du ventre, quand on regarde dans le miroir, et qu'il y a en face un inconnu. Un corps maquillé, fardé, qu'on ne connait plus, qu'on ne sent plus. Un visage étranger qui nous regarde de ses grands yeux vides, et qu'on tente de rattacher ce regard à nous même, de se persuader que c'est de nous qu'il s'agit, mais qu'on ne voit en face que la multitude des gens, un reflet de tout les visages que l'on croise tous les jours, mais pas du sien.
Quand on ouvre le placard et qu'on s’aperçoit que rien ne nous plait, mais que rien n'est osé. Que ce qui nous fait envie est caché au fond d'un tiroir, et n'a jamais été mis, par peur de la désapprobation.
Que tous les jours, on met sur cette peau inconnue un déguisement d'autre, des vêtements vus et revus, qui se fondent dans la muraille tellement ils appartiennent à tout le monde.
Quand le placard n'est qu'une carte de visite pour se faire accepter d'autres gens aussi perdus que nous, qui n'ont ni chair, ni identité, ni désir propre...

Que faire?
Se résigner, s'oublier?
Enterrer ses envies, par peur de déplaire, par peur d'être expulsée d'un clan ou personne, au fond, n'existe réellement, n'avoir une identité qu'aux yeux d'autres qui, au fond, n'existent pas?
Ou tout brûler?

Tout brûler, tout déconstruire.
Déconstruire cette marionnette de tissus et de labels que l'on est devenu malgré nous et par habitude.
Se retrouver nu.
Passer de longues heures à explorer sa propre peau pour se retrouver. Découvrir des cicatrices que l'on avait oublié.
Rester seul, face à soi-même, et se demander comment devenir un être de chair.
Ne plus écouter les voix des autres, qui vous conspuent, et finalement se construire dans l'exclusion et la solitude.
Découvrir ses propres envies, ses propres influences. Oser avoir des coups de coeur. Apprendre à vivre pour soi.
Lire des livres, regarder des films, écouter de la musique, avoir de nouveaux héros, qui ne ressemblent pas aux idoles préformatées. Des êtres de chair et de sang, beaux dans leur différences. Et comprendre que le choix d'être soi-même donne une flamme au fond des yeux. Une beauté. Une force.
Se construire petit à petit, en patchwork de ces images.
Se trouver lentement, au milieu de ces nouveaux désirs, de ces nouvelles images.

Devenir un être de chair, et se sentir vivant, au prix d'innombrables efforts, au prix d'un long chemin de déconstruction et de reconstruction. De rejet de l'image imposée.
Trouver son chemin, et arriver à avoir assez de personnalité pour faire finalement ses propres choix, sans même se référer aux images de ces nouveaux héros. Avoir de l'assurance.
Et être devenu soi-même.


Julien Gidoin, de l'agence Wanted
(tant de dreads rousses!! joie!!)


Mais cela ne sait fait pas vite.
C'est un travail très lent, de plusieurs années. Un travail de souffrance.
La souffrance de l'exclusion.
La souffrance de se retrouver face à un être dont on ne sait rien et qui est pourtant nous même.
Et la peur de retomber dans l’anonymat, et de se perdre à nouveau.

Retrouver la jouissance de sa peau revient souvent à la marquer.
A la marquer de manière indélébile et personnelle. Pour se rappeler chaque matin devant le miroir que l'on a souffert pour en arriver là, mais qu'on est bien nous même.
Parfois, certains taillent dans leurs peaux pour la sentir vivre. D'autres se font percer. Tatouer. Pour que le corps ressemble à ce qu'on veut de lui. A ce qu'on est à l'intérieur. Pour indiquer aux autres, aussi, qu'on n'est plus comme eux. Qu'on a la flamme au fond des yeux. La rage d'exister quand même. Malgré les interdits sociaux.
Ça fait mal, souvent. Mais la douleur est une sensation. Ressentir comble le vide de l'existence stéréotypée. Et ce n'est pas la douleur qui compte. C'est ce qui reste.

Se démarquer demande du courage.
Se faire tatouer, percer, s'assumer, se teindre les cheveux, se faire opérer parfois, tout ça demande du courage. Et de l'amour de soi.
Il faut s'aimer, aimer son corps et son apparence pour choisir de supporter les brimades en étant différent, plutôt que le confort de l'approbation de la masse.
J'aime tellement ce petit papy...

S'habiller différemment.
Se faire percer.
Se faire tatouer.
Se teindre les cheveux en vert, bleu, rose...
Se maquiller quand on est un garçon.
S'habiller en mini-jupe quand on est une vieille.
Se raser le crâne quand on est une fille.

Ce sont des preuves d'amour envers soi-même.

Non, je ne veux pas m'auto-détruire. Pas plus que ceux qui m'entourent. Je veux retrouver ce qu'on m'a prit. je veux retrouver mon intégrité. Mon identité.
J'ai droit à la jouissance totale de mon corps.
De mon apparence.
J'ai droit de choisir ce à quoi je veux ressembler.


Une des membres du groupe Boobs.
(qui illustre bien le nom du groupe. miam. )
J'ai choisit.
Je ressemble maintenant à ce que je suis. Je suis consciente de mon corps. Je le connais.
Et cela a mis longtemps à se faire.
Il y a deux jours, j'ai continué la transformation en me faisant tatouer toute la cuisse. Un très gros tatouage, que le tatoueur a dessiné pour moi. Un corbeau hurlant , agrippant un crâne de corbeau, au milieu de roses rouges.
Y'a plus sexy comme motif. Oui. Mais c'est beau. Des années que je le voulais. Et le tatoueur a proposé de me le faire pour une bouchée de pain en échange de la photo du dessin pour son book.
J'ai eu quand même relativement mal. Mais maintenant, quand je regarde mon corps, je l'aime. Je me sens belle dans ma nudité, ma peau portant le reflet de ce que je suis dedans. Je me reconnais. je m'aime.

J'ai choisit.
J'ai choisit de me ressembler.
J'ai choisit d'avoir les cheveux coquelicot, j'ai choisit de m'habiller différemment, j'ai choisit d'avoir mes piercings sur la figure, j'ai choisit d'avoir un gros tatouage.

J'ai choisit, mais je n'en ai pas le droit.

Et tous les jours, on me le rappelle.

Renata Reutter, de l'agence Wanted.

Je n'ai pas le droit, parce que avec ma gueule, si j'avais pas été pistonnée, j'aurais pas trouvé de boulot.
Avec ma gueule, la mère du Roi des Ronces pense que je suis une pute.
Avec ma gueule, on m'a collé un délit de faciès au commissariat alors que je venais porter plainte pour une agression.
Avec ma gueule, à la banque, on me regarde de bas en haut. De haut en bas. Puis de bas en haut à nouveau.  Toujours.
Avec mes piercings et mes tatouages, la dame de la visite médicale m'a conseillé de faire bien attention à mon hygiène personnelle, parce qu'on sait jamais. Plus qu'une personne normale. Il faut bien se laver mademoiselle. Et faites attention à la cocaïne  Ou à tout ce qui s'injecte. Quoi vous ne vous droguez pas? Oui, mais on sait jamais...
Avec mes cheveux rouges, je me fais insulter dans la rue. Tous les jours.
Au pôle emploi, quand j'étais au chômage, on m'a dit qu'il serait difficile pour moi de trouver un travail "conventionnel", tant que je conserverai mon apparence actuelle.

J'ai passé des années à me chercher, à sortir d'une coquille vide pour être une personne construite.
Pour exister.
Pour me respecter, m'aimer. Etre en paix avec moi-même et avec les autres.

Pour que finalement, ce soit les autres, les coquilles vides, ceux qui n'osent pas, qui n'existent que dans les yeux des autres, qui soient considérés comme des gens valant la peine d'exister dans ce monde.


Je revendique maintenant le droit de mon corps.
Le droit à posséder mon corps.
Le droit à m'aimer telle que je suis et que l'on cesse de me faire culpabiliser dès que j'essaie de sortir des sentiers battus pour aller là où je me retrouve le plus.
Je veux pouvoir être moi-même, dans la tranquilité, et que ça ne soit plus aussi difficile.

Il ne faut pas casser les enfants dès leur plus jeune âge, en leur inculquant des valeurs, des images, qui les rendront soit malheureux, soit qu'ils devront casser au prix de grande souffrances.
Il n'est pas facile de s'aimer, de rendre hommage à son corps, dans ces conditions.

Il faut rendre hommage à ceux qui souffrent pour embellir leur corps, qu'on cesse de dire qu'ils se détruisent, alors que ce sont des être qui se construisent, qui se bâtissent, pierre par pierre, alors que ceux qui les conspuent ont abandonné le combat.
Je veux qu'on reconnaisse leur beauté.

Pourquoi culpabiliser les mamies qui s'habillent sexy?  Elles ont leur droit d'aimer leurs formes. Et d'autres les aiment sans doute aussi. C'est plus beau une mamie sexy qu'une mamie charentaise.
Pourquoi culpabiliser les femmes fortes de s'habiller près du corps, et de se rendre belle? C'est leur corps. Leur beauté. Quand on s'aime sois-même, les autres nous aiment.
Pourquoi culpabiliser les percés d'être percés? Les tatoués d'être tatoués? Nous sommes au 21è siècle, les gens tatoués ne sont plus forcément des putains, des marins, ou des taulards. Le tatouage et le piercing, ainsi que les autres modifications corporelles plus poussées (rappelons que la chirurgie esthétique est une modification corporelle...) demandent une dévotion sans faille à son corps. Il n'y a rien de culpabilisant là dedans.


Deux des modèles de l'agence Wanted.

Nous avons le droit de faire ce que nous voulons de notre corps.
Nous avons le droit de nous aimer. Sans restriction.
Nous avons le droit de nous changer, de nous embellir. De rechercher notre propre esthétique. Parce que c'est voulu. parce que c'est pour nous. Nous avons le droit au choix.

La vrai beauté n'est pas la beauté lisse des magasine, ni la beauté qui s'achète à coup de vêtements passe partout, de coiffure à la mode, de gloss brillant. La vrai beauté n'est pas unique, ni uniforme.
La beauté correspond à l'oeil de celui qui regarde. La beauté est un coup de coeur inexpliqué, et une recherche constante.
C'est ce qui fait qu'on tombe amoureux de lui, d'elle, mais pas de sa voisine ou de son voisin.
La vrai beauté est au coeur de soi-même. C'est une image qui n'est jamais la même selon les personnes.
C'est l'étincelle au fond des yeux. L'étincelle de celui qui vit. Qui a choisit. Qui a conscience lui-même.
Pour être beau il faut s'aimer.
Pour s'aimer il faut se détacher de l'image commune et des idoles préformatées.

J'ai le droit de mon corps.
J'ai le droit d'être moi.
J'ai le droit de m'aimer.
De la manière dont je le veux.
Parce que quelqu'un qui s'aime, qui se construit et se cherche est toujours une personne plus intéressante qu'un esprit vide et craintif qui essaiera de se fondre dans la masse pour ne pas déplaire à un autre qui ne l'aime ni ne l'accepte que sur des critères esthétiques qu'il n'a lui même pas choisit.



Et quand j'aurais mes gosses, j'essaierai des les protéger.
Il feront bien ce qu'ils voudront d'eux-même et de leur apparence. (Non, pas de piercing avant 16 ans, ni de tatouage avant 20, parce que ça ne demande pas que de la liberté, mais aussi de la maturité)
habilles-toi comme tu veux mon fils, ma fille, teins-toi les cheveux, rases-toi, le crâne, expérimentes, fais ce que tu aimes. Et ne deviens jamais angoissé, à ne pas reconnaître ton visage dans le miroir.
Je veux que tu saches qui tu es.
Et je veux que tu saches que tu es beau en étant toi.
Tu en as le droit.
N'en doute pas.
"Moi je suis fière de toi, et de tout ce que tu vas faire, même de rien d'extraordinaire."

Libérez vous.
Vous avez un corps.
Et vous existez. Vous n'être pas la fourmi d'une masse informe et grouillante, mais un individu unique et pensant.
Vous en avez le droit.

Article 6 des règles de Bones-Land:
"Ici, nous sommes libres d'être nous-même, de nous habiller, de nous maquiller, et faire ce que nous voulons de notre propre corps. Ainsi, il ne faut pas se juger, ni juger le choix des autres, tant que ce choix demeure un choix conscient prit dans un processus de construction de son identité. Cela mérite le respect."

mardi 26 février 2013

On a tous nos petit problèmes...

On a tous nos petit problèmes.
C'est vrai.
Et ça sonne un peu comme une confession, mais je suis jalouse.
Genre, ça va, je me maîtrise. Je hurle pas sur les femmes qui matent son Altesse le Roi des Ronces dans la rue (elles ont bien raison, allez-y, c'est fait pour ça), et ses amies ont le droit le de papouiller dans tout les sens. (Vous croyez que je me gène pour me jeter sur ma Muse quand je le vois et renifler son parfum à grand bruit? Non. Et j'aurais tort parce qu'il sent bon! Voila!)
Alors ouaih, je suis jalouse.
Et mon petit problème de jalousie c'est son ex, au Roi.
Son. EX.


Suspense insoutenable.

Je tiens à dire que bon, c'est pas à moi de la juger, c'est une charmante personne, et je n'ai rien de personnel contre elle.
On a quand même fait des trucs cools toutes les deux, et je crois qu'elle m'aime bien. Je la connaissais elle avant de le connaitre Lui.
Mon problème c'est qu'ils sont resté quasiment trois ans ensemble, que c'était une histoire longue, difficile, avec quand même pas mal d'amour et de blessures, et que si mon ex, Soleil le hippie, est parti sucer des pissenlits Suisse pour vivre, elle, elle vit à Dobor, elle a les mêmes connaissances, elle est dans le même milieu, et même si on ne se croise que très peu, sa présence est indécrottable.
Genre, tellement indécrottable que même le truc qui lave plus blanc que blanc à en faire des trous dans le linge, il en vient pas à bout.
Elle est LA.
Et ça me rend dingue de jalousie qu'à côté l'hydre de Lerne est une créature à la cool avec parfois quelques petites sautes d'humeur.


Sexy beast.

Comme j'intériorise vachement, en plus, j'en dis pas grand chose, et je fais des crises d'anxiété qui me donnent envie de courir nue dans la neige.
Bon, y'a pas de neige (tristitude), et courir nue sur les voies du train (j'habite à côté d'une gare et tout les matins j'entend les trains klaxonner dans le lointain en de joyeux "Papouet!"  musicaux) est assez risqué.
Mais c'est l'ambiance.
L'idée que cette fille est pas loin me rend mââââââlllllâââââde.
(à peut près aussi malade que l’orthographe du mot ci dessus.)
(ça pique les yeux.)
(ouch.)

Oui, je sais, mon altesse perd la boule au point d'en faire (presque) choir sa charmante couronne d'os frais du matin. J'abuse.
Après tout, ça pourrait très bien se passer, elle a un copain (aux dernières nouvelles, il me semble), le Roi Mew vient camper sa tente et sa bibliothèque dans mon salon, j'ai aucune raison de m'en faire. Il faut que je relativise.
Mais j'y arrive pas.
Huhu, life joke, so funny.
Sa présence est PARTOUT.
Genre, incrusté dans les murs de ma vie, so poetic, you know.

Stitch.
Ce poète.
Un maître pour nous tous.

Elle est dans les gestes de mon Roi.
Dans ses frayeurs.
Dans ses traumas.
Dans ses habitudes.
Dans ses mots.
Elle est dans les photos.
Dans les bouches des gens qu'on croise.
Mes amis la connaissent.
Ses amis la connaissent.
Le net suinte encore de traces de leur relation.

Cette histoire sent comme de la merde fraîchement épandue dans un champ de coquelicots.
Ca va peut-être aider notre histoire à devenir plus belle en nous apprenant ce qu'on ne doit pas faire mais ça va puer la mort pendant longtemps.
...
Elle est le cadavre dans mon placard.
Ca prend de la place, c'est lourd, et les asticots se marient mal avec mon lambris.
(En plus, à nettoyer, c'est trop la galère.)
(Suivons bien mes métaphores foireuses.)
(C'est ardu, n'est-ce pas?)

En plus, cette nana, oui, j'en suis jalouse.
Je suis jalouse parce qu'elle est belle. Elle a un corps fin et musclé, et toutes les fringues, toutes les coiffures lui vont.
Certes on a tous nos différences, mais à côté, je fais quand même environs vingt-cinq kilos de plus, j'ai ni muscle ni ventre fin, et le visage d'une enfant. Quand je la regarde, je me sens un peu comme l'éléphant qui regarde la petite gazelle sautillante. T'as beau être un très beau éléphant, tu n'auras jamais le charme d'une petite gazelle.
(Mais tu n'auras pas de prédateur et connaîtra le doux plaisir des bains de boue. Chacun voit midi à sa porte. )
(Quoique si, un alligator ça peut noyer un éléphanteau, non? Depuis combien de temps n'ai-je pas regardé le national géographic?)
(Ce n'était pas le but de cette métaphore.)
(Je m'égare. Où en est-on?)

Donc, oui elle est belle.
Y'a des photos sublimes d'elle sur le net. Même des photos avec le Roi.
Alors l'art c'est l'art, je suis la première à le défendre, mais je sais que je ne pourrais pas m'empêcher de regarder ces photos en m'auto flagellant parce que j'aurais jamais d'aussi jolies cuisses, que ces photos sont belles, et que j'ai toujours été maso.
(Pour passer autant de temps à entretenir une tignasse couleur "Ariel peut pas test" et la planquer tous les jours sous une casquette Domac, faut être franchement masochiste.)
(Notez, pour porter des corsets et des plateformes de 15 aussi.)
(Et pour élever trois chats, c'est plus du masochisme, c'est l'art de se faire souffrir en échange de trois ronrons.)
(Tuez-moi.)

Bref.
Elle est belle.
Belle à en crever. 


Have I ever said How I love Freddie Page?

Et puis, passer presque quatre ans avec quelqu'un, ça laisse des traces.
Le Roi est un être d'amour, un être parfait (oui, un Roi, ça brille et ça pète des pépites d'or) (malheureusement il refuse de manger des flageolets et nous restons pauvres) (le cuistre), et quand il aime, il ferait tout pour la personne qu'il aime. Il aurait sans doute tout fait pour elle. J'en ai aucune doute. Pour s'être fait jeter trois fois et être revenu deux fois, il était amoureux.
Il l'a porté, il l'a aidé, et si elle avait voulu, si leur relation s'était calmée, ils seraient encore ensemble, et il continuerait à l'aimer et à la protéger.
(Voici une des nombreuses raisons pour laquelle le Roi est aussi un Mew, pokemon légendaire ultra rare. Son dévouement. Mais le long flagelle qui vole au vent n'a rien à voir dans la comparaison.)
(Bande de pervers.)

Je sais qu'il l'a aimé plus que de raison.
Qu'elle a planté ses griffe en lui.
Puisque les cicatrices de cette relation suintent encore dans mes mains.

Et, bon...
On va dire que ma bonhomie naturelle de dirigeante tolérante d'un royaume à la cool s'efface vite derrière la jalousie absolue d'une femme qui a été tant aimé par l'homme que j'aime moi-même plus que tout.
J'envisage même de me mettre à la méditation tibétaine pour évacuer ce stress inutile.
...
Non, j'déconne.
Je vais boire de la bière pour oublier.
Faut pas abuser.

Où que j'aille sur le net, je la trouve.
Où que j'aille sur le net, je trouve des traces de leur couple, comme si tout était encore là, bien vivant.
Et j'ai la désagréable sensation que l'homme amoureux, mon Roi, une fois qu'il est loin de chez moi, et que je tombe devant les reliefs vifs de cette histoire, est encore plus loin que je le pensais. Notre relation ne devient plus qu'un concept auquel je m'accroche, parce que je suis une créature de doute.
Que l'éléphant, la gazelle, toutes ces choses...
Et que je me meurs...

Le smiley parachève la pitoyabilité de l'instant.
Tout est une histoire de détails, finalement.

Dans ces moments là, j'ai envie d'être seule.
("Because I'm tout seul...")
De ne pas me coucher dans le lit avec Son parfum, de cacher Ses affaires qui sont dans le placard à un endroit où je ne pourrais pas les voir, et d'oublier qu'Il existe parce que j'ai trop peur que elle, elle revienne.
J'ai trop peur de sa présence.
(Ouaih, c'est con. Et je crois aux fantômes aussi. Tac. Je fais ce que je veux. C'est un royaume libre et indépendant ma p'tite dame.)
Sa présence qui colle à sa peau à Lui.
Je vois son image, je les vois eux, je me dis que si elle avait pas fait ce faux pas, ils seraient encore ensemble, et j'angoisse.
Alors peut-être que l'histoire ne s'est pas passé comme ça. On ne change pas le passé.
Mais je ne contrôle pas cet élan de jalousie dingue et débile (avouons-le) au fond de mes tripes. Qui me fait pleurer devant les méandres d'internet et de facebook.

Pas plus que je ne contrôle cette infériorité crasse en mode éléphant-gazelle qui me prend quand je la regarde.

Et si jamais elle revient?

Et quand je serai dans la Capitale dans mon école, et le Roi ici, à Dobor, si elle revient, qu'elle lui montre qu'elle a changé, alors que moi, je ne serai jamais là?

Bonjour, je suis super angoissée.
Ma faiblesse: j'ai peur de tout, tout le temps. J'ai peur de toute perdre; parce que je ne suis pas assez bien.
Mon point fort: au moins, j'ai de l'humour et du recul. C'est l'apanage des tarés solitaires. Ceux qui collectionnent les chats. Et les livres de Fantasy. Et les bibelots de geeks.

Au moins, je relativise avec moi même.
Je ne peux atteindre son seuil de beauté. Je porte mon poids en bijoux pour me sentir exister et j'ai un sérieux problème alimentaire, les hanches et le bide qui vont avec.
Mais je tolère mon corps.
Genre, je peux pas le regarder, mais je conçoit qu'on le trouve regardable.
Elle est restée des années avec Lui. Et on en voit encore les traces un peu partout. Moi j'ai fini de couper le cordon avec cet idiot de Soleil hier, que même mon ordi, il le connait plus. Et finalement, je me sens bien.
Et j'ai envie d'envoyer valdinguer facebook à grand coup de tatane pour garder en mémoire toutes ces choses.
Internet me tuera, les photos auront raison de moi.
Enterrez-moi sous une pile de pellicules de films et mettez le feu à mon corps.

Je déconne.
Les pellicules, c'est précieux.
Ce serait du beau gaspillage.
Enterrez moi sous une pile de DVDs gravés avec l'intégrale de Chaplin, Keaton, et Winding Refn.

En réalité, je me sens comme Clementine, dans Eternal Sunshine.




J'ai l'impression de toute faire pour être moi-même, mais qu'en faisant cela, je ne suis comparable à personne d'autre, en devenant complètement déshumanisée.
On me dit à moi aussi souvent que je suis un concept.
Qu'est-ce que c'est qu'un concept?
Est-ce qu'on peut serrer longtemps un concept dans ses bras alors qu'on a enlacé une femme comme celle que je jalouse?

Trop grande.
Trop imposante.
Trop moi-même.

...

J'aurais aimé être à sa place.
Ou que ça ne se finisse pas entre eux.
Mais je me sens tel Bastien devant les ruines de Phantasia, qui doit reconstruire un monde dont il a lu l'histoire. J'ai peur de mal faire. Et je ne me sens pas à la hauteur.
(Et en ce moment je lis l'histoire sans fin. Et je vous le conseille.)
(c'était l’aparté littéraire.)
(profitez-en, il y a une réédition, et ça fait dix ans qu'on l'a pas vu en rayons.)
(je ne suis pas payée pour dire ça, notez bien.)


Je regarde les images du passé, et ça me fait mal au coeur.

Oui, je suis jalouse.
Une jalousie terrible.
Jalouse d'une chimère. D'une ombre. D'une ombre dont je sens l'odeur sur Sa peau à Lui.





Et il n'y a malheureusement rien à faire.
A part l'écrire pour que ce sentiment perde de sa valeur une fois partagé et une fois lu.
A part cacher toutes les affaires du Roi au fond du placard se terrer sous la couette en se persuadant d'être seule au monde, parce que ça serait quand même vachement plus triste mais beaucoup moins douloureux.

On a tous nos petit problèmes.

...
Meet me in Montauk.



(PS:
Quand je serai grande, je veux faire un film, qui puisse être aussi juste, et beau, et bien fait, que Eternal Sunshine. Le cinéma sauve des vies. Et peut guider les gens vers le meilleur. )
(PPS: l'avalanche de parenthèses à la con empêche cet article de tomber dans le pathos. Uniquement. Bisous.)



Ma soeur, la Pin-up des bacs à sables.

De retour après plusieurs semaines de taff intensif sans internet dans la nouvelle maison.
(Bones-Land a déménagé vers un fief plus grand et nous célébrerons bientôt l'union totale des royaumes de Bones-Land et de Thorn-Land. Joie.)
Pas d'internet.
C'était dur.
Oui. Très dur.

Aujourd'hui, nous allons parler d'un sujet qui me touche (avec ses grands doigts pleins de verni rose fluo).
J'ai une soeur.
Une petite soeur.
Une petite soeur de quatorze ans.
Une ADO.
Ouaih.
(Tu sens venir le tragique? Le dramatique? Moi aussi...)


Je précise que je n'ai RIEN contre les adolescents.
J'ai moi-même été ado, comme beaucoup de gens. (Les autres ne l'avouent qu'à grand peine.)
Mais.
...
Ma soeur représente tragiquement la génération Yolo/swag.
Et je le vis mal.
TRES.

Petit historique:
Ma soeur et moi n'avons ni le même papa, ni la même éducation.
Le Père (le mien) ayant pointé aux abonné absents pendant 10 ans, c'est le papa de ma soeur qui m'a "élevé" pendant tout ce temps, et qui a élevé ma soeur.
Malheureusement pour elle, si le Père, malgré son absence, m'avait donné les bases d'une éducation saine à base de livres et de balades en forêt, le papa de ma soeur l'a foutu devant la télé. Pazrce qu'il avait la flemme, un peu, tu vois.
Elle a grandit en admirant son papa (comme toutes les petites filles), et comme cette charmante créature ne pouvait pas me voir en peinture, elle a fait comme lui, et s'est doucement mise à me mépriser.
Et à faire tout comme lui, et rien comme moi.
C'était trop cool.

Je ne sais pas si ça explique entièrement que ma soeur ait glissé vers le style de vie qu'elle a adopté maintenant, mais je refuse de lui jeter la pierre de manière gratuite.
Même si je ne la comprends pas, ça reste ma soeur.

MAIS!
Je refuse de tolérer la dérive adolescente, ou pré-adolescente de merde qui rends les petites filles aussi connes, sexuées et décérébrées que des pin-ups de bac à sable au rabais.


Voila, un peu comme lui.

En réalité, c'est pas ma soeur le problème.
C'est ma soeur ET sa "tribu".
Depuis un peu plus de six ans maintenant, ma soeur vit dans l'idée que si elle est spontanée, qu'elle s'habille comme elle en a envie, et pas comme les autres filles, elle va perdre toutes ses amies.
Alors premièrement:
Quelle est la superficialité de ces relations? Si tes amies se barrent parce qu'elles aiment pas ton pull c'est que c'est pas tes amies. Même pas tes potes. Juste des connasses.
(Merveilleuse génération qui crée des connasses de huit ans. Bravo.)

La situation s'est amplifiée avec les années, et maintenant ma soeur en arrive à dépenser des centaines d'euros de fringues.
Pour ne pas paraître misérable aux yeux de ses "amis".
Genre, à son anniversaire de l'année dernière, son paternel lui a lâché 400 euros de fringues.
400 euros, moi, je te refais une garde robe.
Elle, elle a acheté deux pulls, un sweat, un jean.
WHAT THE FUCK?
Ma soeur, cette fashion victim.

400 boules pour des fringues qu'elle a mit six mois parce qu'elle a treize ans.
Et encore.
Peut-être même moins que ça, vu que la mode va vite dans les collèges.
Crois moi que, quand toi, à côté, t'es en train de crever la dalle sa race à bouffer du riz une fois par jour, tu le sens passer mauvais, le coup de 400 boules de jean et pull.
(Quel pull coûte 100 euros, sans déconner? Un pull, on 'est d'accord, là. Un truc avec des mailles, et fait en laine. Même pas une connerie bien dessinée genre Alexander MacQueen, nonon, un PULL.
Gris.
Avec des mailles comme tricote ma mère.
Un.
Pull.
100 euros.
WHAT THE HOLY FUUUUUCK!)


Et encore, si il n'y avait que le côté "relativement coûteux" des fringues. Oui.
Mais est-ce que quelqu'un peut m'expliquer pourquoi une petite fille de dix ans a besoin d'un soutient gorge?
...
Non mais sérieusement?
A dix ans, t'as quoi à "soutenir"?
Deux confettis sur une plaque de tôle comme dirait ma grand mère.
Alors oui, je me souviens quand j'étais petite, j'ai eu des seins très très tard et j'étais contente quand j'ai commencé à avoir un petit renflement sur le torse. Je grandissais. C'était cool.
Mais il y a deux ans (ma soeur en avait donc douze), à un repas de famille, je regardais ma soeur, elle se met de profil, et là je vois deux énormes bosses sous son T-shirt.
"What the Holy Lords?" lui dis-je en désignant ces protubérances.
"Ah, ça, c'est mon soutient gorge, lolilol!" me repondit-elle en me montrant un push-up renforcé rose fluo avec des étages de tulle bouffant par dessus.



Elle avait DOUZE ANS?
C'est un crime de sexualiser les enfants.
Un push-up à douze ans?
Mais pourquoi?

Les décolletés outrageux ont suivit, et puis le maquillage pour aller en cours...
Et quand j'ai exprimé mon avis à la Queen Mom (quelque chose qui ressemblait à un "wtf??? holy hell??????? ") elle a haussé les épaules d'un air las en disant que toutes les gosses du collège faisaient pareil.
...
Toutes.
Les.
Mômes.

Quand je vais attendre ma soeur à la sortie de collège, je ne vois que des gamines habillée en jeunes filles, voir en femme.
Maquillée, brushinguées, avec des bijoux piquée à leurs mères et des sacs de marque, des jeans taille basse, des décolletés outrageants...
La réputation.
Il faut "avoir l'air".
Et ma soeur est douée.
Elle en fait des cauchemars, et des quasis ulcères, si elle n'a pas LE top accessoire pour aller avec sa tenue, histoire de paraître auprès des copines, mais elle est douée. Elle a trois cent "amis" sur facebook.

Et ce paraître est si fort que j'ai interdiction de marcher auprès de ma soeur.
L'année dernière, je m'étais fait poser des dreads indus (et je ressemblait à un poulpe rouge, huhu, c'était louuuuuuurd mais so funny!) et je me suis fait dire:
"Si jamais tu marches à côté de moi, on va croire que j'ai un lien avec toi, et ça va être la honte au collège, alors tu marches pas à côté de moi!"


Telle fut à peu près ma réaction.

Avoir honte de sa propre soeur.
C'est un truc de dingue.

Et puis après, ma soeur a eu facebook.
Et les emmerdes ont commencé.
Ma mère a freiné des quatre fers, mais ma soeur a ouvert son compte facebook.
Et les photos qui ont suivit.
Voir sa petite soeur qui se laisse dire "t'es bonne" pas des connards boutonneux de quatrième en gloussant, ça fait mal.
Je suppose qu'à son âge si on m'avait dit "t'es bonne", j'aurais tapé très fort sur le malappris.
Mais je suppose que "t'es bonne "est un compliment.
J'en sais rien, en fait.

Quand je lui demande si elle sort avec un garçon, elle me dit non.
Mais cet été, j'ai une de ses amis qui est venu me dire qu'un garçon de "plus de seize ans" (je ne veux pas savoir...) avait mit sa main dans la culotte de ma frangine pour la tripoter.
...
...??
PUTAIN DE MERDE.
HOLY SHIT!
Une gamine de treize ans!!

Quand je pense que je me suis faite dépuceler à seize ans et que je trouvais ça précoce, quoi, ma frangine, si ça se trouve, elle est même plus vierge.
On le sait pas.
On saura jamais.

Ses copines et elle, sur facebook, elles ont l'air d'avoir plus de seize ou dix-sept ans.
Elles sortent avec des mecs du lycée.
Elle n'ont jamais joué aux playmobiles, ou à la poupée.
Elles ont quatorze ans, et elles parlent de fringues de luxe, d'argent, et de cul.
Et là je suis en train de flipper en me disant que si j'ai une môme il faudra que je le mette sous cloche pour espérer qu'elle soit toujours vierge à dix ans.
...
Oô
So scary.

Le plus inquiétant, c'est que ça passe crème dans la société d'aujourd'hui.
Les mannequins des pubs sont hyper sexualisée et elles ont pas plus de seize ans.
Et il y a des gens qui vendent des strings pour petite fille.
PEDO BEAR KINGDOM \o/


Sick sad world

Et quel est le rapport de ces gosses avec l'argent?
Ma soeur, la pin-up des bacs à sable, elle claque la thune qu'elle a pas. Ses potes et elles ont toutes un smartphone, et des sacs de luxe.
A côté de ça, la Queen Mom va régulièrement à la banque pour augmenter son autorisation de découvert, et moi-même, avoir déménagé le royaume me coûte de la thune en masse, je sais pas comment je vais faire pour les croquettes de la furry family dans les trois prochains jours.
Alors comment ces ados vont faire?
Ils bossent même pas à l'école.
Ma soeur a un train de vie de princesse et elle aura pas son brevet, comme la plupart de ses copines, parce que sa popularité lui prends plus de temps que ses devoirs. Alors comment elle va faire?
Elle a aucune notion de l'argent, de la vie, elle pense que les sacs D&G tombent du ciel, mais elle aura pas de travail.
Elle se fera peut-être engrosser par un quidam quelconque pour vivre des allocs.
Mais comment est-ce qu'on peut rêver de ça quand on est une petite fille?

Elle n'a pas de rêves, ma soeur.
Son seul rêve, à quatorze ans, c'est d'avoir du fric.
Moi à quatorze ans, je voulais entrer dans le milieu du cinéma et être écrivain.
(bon, depuis, ça n'a pas changé, je suis quelqu'un de constant)
Je trouve ça super triste.

Ma soeur est une pin-up des bacs à sable, qui trimbale son derrière moulé dans un jean à 100 boules, son décolleté plongeant, et son sac affreux qui coûte un demi-mois de salaire dans des cours qu'elle n'écoute pas et desquels elle sort en hurlant SWAG avec ses amis.
Le seul truc de drôle c'est de lui dire que mon mec à moi se maquille avec plus de classe qu'elle.
Et de voir son regard dégoûté.
Mais c'est bien le seul truc de drôle.